Damien Demailly, chargé du programme Climat/Energie au WWF-France, revient sur la possibilité de report l’adoption du paquet Energie Climat et démontre que la lutte contre les dérèglements climatiques peut-être le moteur principal d’une reprise d’une activité économique créatrice d’emploi.

On parle d’un report de l’adoption du paquet Energie Climat à la présidence Tchèque, quels sont les risques d’un telle situation ?

Il n’y a aucune garantie que les Tchèques soient en capacité politique d’adopter le paquet avant l’ouverture de la période de renouvellement du Parlement européen. Nous sommes devant un risque flagrant d’enlisement qui pourrait nous conduire à adopter le paquet en 2010, soit après la fin des négociations UNFCC sur un accord post-kyoto. Pour assurer la crédibilité de l’Europe sur la scène internationale, on fait mieux… Il est impératif de finaliser le paquet sous présidence française avant Poznan.

Mais ne crains-tu pas que cela accouche d’un paquet au rabais ?

Que cela soit maintenant ou dans plusieurs mois, le risque est le même.

Depuis le début de la crise financière, de nombreuses voix s’élèvent en Europe pour exiger une révision à la baisse des ambitions environnementales de l’Union. La crise risque de durer encore et nous risquons d’assister à un chantage de la part de certains Etats opposant lutte contre les dérèglements climatiques et emploi. C’est totalement faux. Nous allons bientôt rendre publique une étude qui montre au contraire que la lutte contre les dérèglements climatiques est le moteur principal d’une reprise d’une activité économique créatrice d’emploi. Il faudra être très vigilant face à ces contre-vérités.

Claude Lorius, père de la glaciologie moderne, a fait part cette semaine de son pessimisme concernant la capacité de l’humanité à lutter efficacement contre les dérèglements climatiques, partages-tu ce pessimisme ?

Au WWF, nous croyons dans la capacité humaine de faire face et de trouver les solutions. Mais c’est vrai que le temps est de plus en plus compté et que les dirigeants politiques n’ont pas l’air de vouloir prendre le problème à bras le corps. Les discours sont souvent de qualité mais hélas rarement suivis d’actes concrets à la hauteur des enjeux. Il suffit de voir les petits arrangements qui ont été faits entre l’Allemagne et la France pour reporter et affaiblir l’objectif de réduction des émissions de CO2 des automobiles. On devait tabler sur un standard à 120 g CO2/KM en 2012 et on se dirige maintenant vers un de 130g/Km en 2015. C’est très insuffisant.