L’Union européenne ne tarit guère d’éloges sur son propre compte en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, compris entre 20 et 30 % par rapport à 1990, lui permettrait ainsi d’assumer la part de l’effort international qui lui revient au titre de l’équité entre les pays. La publication du rapport du WWF-France « CO2 : vers quelle équité en 2020 » révèle malheureusement une réalité beaucoup moins glorieuse.

Le rapport du WWF-France a vocation à orienter les décideurs politiques dans l’action contre le dérèglement climatique. Cette « boussole » utilise un indicateur agrégeant la responsabilité de chaque Etat (liée au niveau de ses émissions) et sa capacité d’action (liée à sa richesse), les deux principes d’équité reconnus par l’ONU. Cet indicateur permet d’établir l’effort de réduction d’émissions qui incombe à chaque pays. Un des intérêts de cet indicateur est qu’il différencie, au sein de chaque pays, les populations relativement aisées de celles plus pauvres. Les classes aisées chinoises ne pouvant ainsi se cacher derrière la pauvreté moyenne de leur pays.

En fin de compte, c’est une réduction de 75 % des émissions d’ici 2020 qui est attendue de la part de l’Europe. La part de l’effort devant être effectuée sur le plan interne est de 30 %, le reste étant à réaliser dans les pays en développement. Etant donné sa plus grande capacité par rapport à la moyenne européenne, les exigences sont encore plus fortes pour la France, qui doit atteindre la neutralité carbone d’ici 2020, soit une réduction de 100 % de ses émissions par rapport à 1990 (30 % sur le territoire national, le reste dans les pays en développement).

Pour Damien Demailly, chargé du programme Energie-Climat au WWF-France, « dans l’éventualité où la Présidence française se contenterait d’un Paquet Energie-Climat au rabais, avec un objectif de seulement 20 %, et l’absence de tout soutien additionnel pour les pays en développement, l’écart entre l’engagement européen et ce qu’impliquerait l’équité en matière d’action contre le dérèglement climatique serait tout simplement gigantesque ». Le WWF-France appelle donc la France, présidente de l’Union européenne, à utiliser les marges de manœuvre politique dont elle dispose pour renforcer le Paquet européen, avec un objectif de 30 % ferme et un soutien accru aux pays en développement.

Pour Serge Orru, directeur-général du WWF-France, « il est plus que temps de mettre fin aux égoïsmes nationaux. Nous devons, dès la conférence de l’ONU de Poznan qui s’ouvre dans quelques jours, construire une nouvelle solidarité internationale sur le climat. Ce rapport est une boussole qui doit guider les discussions ».