Posté par Isabelle Laudon le 05 déc 2008 | dans : Energie-Climat |
« Le paquet Energie Climat à Poznan : Que va en penser le monde ? Les points de vue de la Chine et des Etats-Unis », tel était le thème du déjeuner-débat que le WWF a organisé le 3 décembre au Parlement européen, permettant ainsi, à la veille de la discussion en plénière sur ce sujet et du Conseil des ministres des 27, de faire entendre aux parlementaires européens les attentes de la Chine et des Etats-Unis à l’égard de l’Europe.
Deux intervenants chinois et américain ont ainsi rappelé aux parlementaires européens l’importance cruciale d’un paquet Energie Climat fort pour faire avancer les négociations internationales qui se tiennent actuellement, dans le cadre des Nations Unies, à Poznan et auxquelles ils participent.
Le WWF, lui, a exhorté les députés européens à ne pas céder face au Conseil en affaiblissant davantage un projet de législation déjà amputé de son aspect « pionnier » par l’opposition féroce de certains Etats membres de l’Union.
En effet, outre l’effet désastreux sur les négociations internationales, un paquet Energie Climat faible signifierait la perte du leadership européen ce qui aura inévitablement des conséquences sur l’économie européenne.
Jiang Kejun et Jake Schmidt, les deux experts chinois et américains, nous en ont fait prendre conscience, en soulignant la volonté de leur pays respectif de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique en s’engageant dans des efforts réels de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, et donc dans les technologies du futur.
Jiang Kejun, membre de l’Institut de recherche sur l’énergie au sein de la Commission nationale pour la planification et le développement, et expert de longue date auprès du gouvernement chinois, a amplement détaillé les mesures déjà mises en œuvre ou appelées à l’être en matière de lutte contre les changements climatiques. La Chine, qui compte déjà derrière elle plusieurs décennies d’amélioration sensible de l’efficacité énergétique en dépit d’un essor économique sans précédent, s’est ainsi fixée des objectifs de réduction de l’intensité énergétique du PIB de 20 % entre 2005 et 2010, puis encore de 20 % entre 2010 et 2020. L’Empire du Milieu compte également obtenir 20 % de son électricité des énergies renouvelables d’ici 2020. Jiang Kejun a cependant ajouté que les pays les plus industrialisés ne pouvaient se permettre d’exiger des pays en voie de développement qu’ils mènent des réformes qui, dans le monde développé, demeurent encore à l’état de projet. Exigence d’autant plus paradoxale quand on sait que les pays les plus riches contribuent toujours à la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre. Afin de réaliser leur transition énergétique, les pays en développement et les pays émergents, ont besoin de transferts technologiques et financiers en provenance des pays développés, a rappelé Jiang Kejun.
De son côté, Jake Schmidt, directeur de la politique climatique internationale au Conseil de défense des ressources naturelles (NRDC) américain, n’a pas manqué de souligner le retour des Etats-Unis sur le devant de la scène climatique mondiale, citant à ce propos les déclarations récentes du nouveau président élu, Barack Obama : « Il ne s’agit plus de remettre à demain ce qui doit être fait aujourd’hui. Il ne s’agit plus de nier la réalité du phénomène. Les risques sont beaucoup trop élevés, et les conséquences trop graves ». Il a notamment mis l’accent sur l’objectif de réduction des émissions nationales de gaz à effet de serre de 16 % d’ici 2020, ainsi que sur le lancement d’un vaste plan de soutien à l’essor des énergies renouvelables censé créer pas moins de 5 millions d’emplois « verts » dans tout le pays. Obama plaide également en faveur de l’instauration d’un système national de quotas d’émissions similaire au mécanisme européen, mais couvrant la totalité des secteurs industriels et caractérisé par la mise aux enchères intégrale des permis carbone. Rappelons que certains Etats membres de l’UE s’opposent fermement à la mise aux enchères de 100 % des quotas d’émission dans de nombreux domaines industriels. L’expert américain a mis en garde contre l’effet négatif qu’aurait une telle position sur la définition du système américain de quotas d’émission. Plus généralement, « si l’UE adopte un paquet Energie faible cela sera largement utilisé aux Etats-Unis par les opposants à une politique de lutte contre le réchauffement climatique ». Enfin, Jake Schmidt a clairement dit que la crise économique ne pouvait justifier un report de l’adoption de mesures climatiques; au contraire, les défis du climat et de la crise doivent être relevés simultanément, ce qui est visiblement l’intention du président Obama. Jiang Kejun n’a pas été en reste, n’hésitant pas à déclarer que la Chine avait tout intérêt à tirer profit de la crise pour adopter une nouvelle trajectoire d’émissions plus respectueuse de l’environnement.
Tony Long, directeur de l’EPO, le Bureau des Politiques Européennes du WWF à Bruxelles, a souligné l’ironie de l’histoire : au moment où la Chine et les Etats-Unis se réveillent pour lutter contre le changement climatique, l’Union européenne se divise et fait marche-arrière. Il a rappelé les « 6 lignes rouges » qui ne doivent pas être franchies sur le paquet Energie Climat, faute de quoi, le WWF se verra obliger de dénoncer le paquet.
Tony Long a aussi mis en garde sur le risque que ferait encourir une législation affaiblie sur la légitimité même des institutions européennes. Si l’Europe n’est pas capable de respecter les propres objectifs qu’elle s’est fixée en mars 2007 pour faire face au plus grand défi auquel est confrontée l’humanité, alors ce sont les valeurs et les institutions européennes qui seront mises à mal. Les citoyens européens - et on se souvient des referendums néerlandais, français et irlandais - ne le comprendraient pas. Le prix politique à payer d’un paquet affaiblie sera très élevé.
A noter que Linda McAvan, député britannique qui accueillait ce débat, en a rapporté les principales conclusions dans la séance plénière du lendemain - soit devant l’ensemble de ses collègues, les représentants de la Commission européenne et du Conseil (Jean-Louis Borloo). Elle a insisté sur le fait que si nous n’agissions pas maintenant, ce sont les citoyens européens qui paieront une facture encore plus élevée demain.

Ajoutez votre commentaire