A la suite des négociations de Bonn et d’Accra, l’Union européenne avait exprimé son profond regret de ne pas avoir formulé de propositions concrètes en matière de développement et de transferts de technologie pour le compte des pays en développement. Mais les excuses, aussi sincères soient-elles, n’induisent pas mécaniquement (et c’est bien dommage pour ceux qui les adressent) un changement de cap drastique et immédiat ! Aussi ne doit-on pas s’étonner d’une chose : qu’à la lecture des propositions européennes à Poznan, les initiatives dans ce domaine ne soient pas légion. Et lorsqu’il y en a, il s’agit généralement d’accords technologiques conclus sur une base volontaire, et qui ne sauraient donc correspondre au degré d’ambition requis pour une action rapide et efficace. De leur côté, les pays en développement ont clairement exprimé leur position : sans programme majeur de transferts technologiques en leur faveur, la conclusion de l’accord de Copenhague prévue en décembre 2009 risque d’être fortement compromise…

L’Europe doit donc faire beaucoup mieux. Pour qu’elle accède au rang de leader crédible qu’elle convoite, encore faut-il qu’elle avance des propositions constructives et claires. L’engagement européen se mesurera d’abord à sa capacité à définir, conjointement avec les pays ciblés, un objectif de développement technologique propre à jeter les bases d’une coopération technologique complète. Il n’est donc pas question de se contenter d’un simple transfert de technologies, mais bel et bien de renforcer les degrés d’innovation et d’accès aux technologies dans les pays qui en bénéficient. Et pour ce faire, l’accent devra être mis sur un soutien financier et technique massif aux pays en développement destiné à renforcer leur propre capacité d’innovation et d’absorption technologique, et ce en vue d’utiliser et d’adapter avec succès ces nouvelles technologies. Bien entendu, les technologies les plus stratégiques, c’est-à-dire celles concourant directement aux mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, devront être ciblées. L’Union européenne devra également appuyer les appels communs de la Chine et du G77 à la création d’un Fonds multilatéral pour les technologies climatiques. Enfin, dans les domaines où surgit la problématique des droits de propriété intellectuelle (principale barrière objective à la diffusion technologique), un cadre d’action clair devra être élaboré de façon à maintenir des conditions suffisamment favorables à l’innovation tout en respectant l’impératif de partage de la technologie lié à l’urgence des problèmes climatiques.

Mettons les choses au clair : il serait injuste de déclarer que l’ensemble des négociateurs européens refusent de s’engager fermement dans l’une des voies précédemment énumérées ; en revanche, leurs ministres des Finances traînent fréquemment les pieds aussitôt ouvert le dossier des financements à destination des pays en développement. Un bon conseil à l’attention des argentiers des gouvernements riches : plus le retard s’accumule dans la lutte contre les changements climatiques, et plus la tirelire devra être remplie pour espérer éviter les impacts les plus dramatiques de ces bouleversements. L’action en faveur d’un futur économiquement viable pour tous relève donc de l’urgence absolue : or elle passe, entre autres, par une aide massive aux pays en développement.