La tendance s’ébauchait depuis quelques mois déjà, mais elle semble se confirmer à l’issue de la première semaine de la conférence de Poznan : les pays en développement se sont bel et bien imposés en force constructive dans les négociations sur le changement climatique. Alors que nombre d’entre eux ont en effet déjà développé des plans nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, certains de leurs représentants ont également formulé des propositions concrètes au sujet de la coopération technologique et du financement des mesures d’adaptation et d’atténuation appelées à être réalisées sur leurs propres territoires.

Or, et c’est bien malheureux, on ne peut pas en dire autant des pays industrialisés. Hormis la Norvège et la Suisse, aucun d’entre eux n’a émis de véritable proposition sur les financements en faveur des pays les plus pauvres. L’Union européenne reste ainsi parfaitement muette à ce sujet : la faute au Paquet Energie-Climat, dépourvu de clarté sur le thème du soutien aux pays en développement. Conséquence inéluctable : ces derniers se sentent floués et attendent des avancées concrètes de la part des pays riches. En l’absence de telles propositions, il y a fort à parier que les négociations s’enlisent pour de bon et amènent le monde entier dans une impasse. Or, pendant ce temps, le réchauffement climatique ne rencontre guère d’obstacle à sa progression…

L’Union européenne apporte cependant une contribution positive aux négociations du fait de ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle joue également un rôle constructif dans ses pourparlers avec les pays en développement sur ce sujet, évitant de renforcer l’opposition stérile entre les deux blocs de négociation. Mais les autres représentants des pays riches ne manifestent guère d’impatience à lui emboîter le pas : la palme revient certainement au Japon, qui ne s’engage à aucune mesure tout en exigeant que les pays en développement soient répartis en trois catégories selon leur niveau de richesse. Si cette dernière proposition fait sens intellectuellement, elle n’en demeure pas moins politiquement inacceptable et conduit donc logiquement à exacerber les tensions avec les pays en développement. Et puis, le Japon prétend déjà être exemplaire : leur représentant a ainsi expliqué qu’il ne prenait plus que trois bains en fin de semaine au lieu de sept auparavant. C’est effectivement une action très louable de sa part, mais cela suffit-il vraiment pour réduire drastiquement les émissions mondiales de gaz à effet de serre ? Quant à la Russie et au Canada, il n’est pas non plus question de trop compter sur eux sur le terrain de la lutte contre le réchauffement climatique. Les raisons avancées se rapprochent à bien des égards : les deux pays présentent un climat froid, ils sont vastes et se doivent donc de disposer d’un réseau de transports adapté à leurs besoins, et ils tirent une grande partie de leurs revenus de l’exportation de pétrole et/ou de gaz. Les Etats-Unis, pour leur part, sont tout simplement inexistants dans les négociations…

A l’opposé, on trouve les (tout petits) Etats déjà confrontés aux effets dramatiques du réchauffement climatique, ou sur le point de l’être, et qui cherchent donc à attirer l’attention des autres pays, et en premier lieu des Etats les plus développés. Il s’agit, bien entendu, des représentants des petites îles du Pacifique, auteurs d’un discours particulièrement émouvant à Poznan. Ils ont déclaré qu’ils ne signeraient jamais ce qu’ils voient comme étant un « accord suicidaire », autrement dit un accord qui conduirait la planète à se réchauffer de plus de 1,5°C, synonyme de submersion pure et simple de leur territoire.

La première semaine de négociations a aussi été marquée par quelques temps forts : les ONG ont ainsi décerné quotidiennement des « fossil awards » aux pays considérés comme les plus mauvais négociateurs de la journée. Le jour de l’ouverture des négociations, c’est la Pologne, organisatrice de la conférence, qui a eu la joie de recevoir cette glorieuse distinction : de quoi déborder d’allégresse pour un pays qui, sous le feu des projecteurs depuis quelques semaines déjà, n’en demandait sûrement pas tant ! Il est vrai qu’actuellement, la Pologne fait montre d’une hypocrisie patente : alors qu’en ouverture de la conférence, elle se plaisait à souligner son engagement ferme dans la lutte contre le changement climatique, cela fait en réalité des semaines qu’elle n’a de cesse de chercher à affaiblir le Paquet Energie- Climat actuellement négocié par l’Union européenne, et ce dans le seul souci de sauvegarder ses intérêts économiques. C’est entendu, l’Union européenne doit encore s’efforcer de mettre à bas des égoïsmes nationaux imprégnés d’un court-termisme manifeste qui, s’il n’est pas combattu, risque de propulser le navire européen dans l’un des icebergs libérés par la fonte des glaces des pôles…