8 associations agricoles et environnementales ont lancé un Appel au Président de la République pour un remaniement ministériel véritablement écologique. Elles estiment que l’enjeu écologique du prochain remaniement réside surtout du côté du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Cet appel est paru lundi 22 juin dans le quotidien Libération.

2007 a vu la constitution d’un super-ministère du développement durable avec pour mission l’intégration du développement durable dans les politiques publiques de l’énergie, des transports et de l’aménagement du territoire. Nous nous félicitons de cet objectif même si des progrès restent à faire avec notamment l’appropriation des enjeux écologiques par les services issus des anciens ministères de l’Equipement, des Transports ou de l’Industrie.

Il apparaît donc que les plus hautes sphères de l’Etat ont commencé à prendre la mesure de l’urgence climatique, reste à ce que la volonté d’agir se traduise par une impulsion dynamique dans tous les rouages de l’Etat ainsi que dans les négociations internationales afin que la France incarne concrètement dans sa politique et son action le leadership qui devrait être le sien dans le développement d’une économie sobre en carbone qui sera le modèle de demain.

Mais le péril climatique n’est pas la seule urgence écologique : la perte de la biodiversité, la pollution des eaux et des sols sont aussi de graves réalités qui hypothèquent l’avenir des générations futures. Aussi, pour nous, le véritable enjeu du prochain remaniement ministériel se situe certes dans la sanctuarisation du Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) avec un renforcement de son rôle de pivot et d’interface du développement durable au sein du gouvernement, mais aussi au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche. Quelle mission sera dévolue à ce grand ministère et quel(le) sera l’homme ou la femme capable de mener sa mutation?

L’agriculture, la pêche et l’exploitation des forêts, activités qui pèsent actuellement sur nombre de ressources naturelles, relèvent de ce ministère.

Il n’est pas question ici de stigmatiser des activités économiques et encore moins des professions, mais d’appeler à une révolution écologique dans ces secteurs :

-          une agriculture réellement durable sauvegarde la biodiversité et contribue à la protection des eaux et des sols,

-          une pêche réellement durable permet de restaurer les écosystèmes marins,

-          une gestion forestière réellement durable rend les forêts plus résistantes aux aléas climatiques.

Et ces politiques « réellement durables » seront toutes créatrices d’emplois. Le Grenelle de l’Environnement a montré que la société civile est mûre pour co-élaborer par le dialogue les solutions qui nous permettront tous ensemble de sortir de la crise environnementale. Cet esprit doit s’installer rue de Varenne.

Prenons l’agriculture. Le temps est venu de tourner enfin le dos à un modèle productiviste qui a montré ses limites et qui est largement responsable de la raréfaction et de la pollution des eaux ainsi que de l’épuisement des sols. Nous appelons à une agriculture responsable, innovante et durable : économe en intrants (eau, énergie, engrais, pesticides), mettant au cœur des pratiques l’agronomie et la biodiversité, respectueuse des écosystèmes, des territoires et des hommes. Seul ce type d’agriculture, pratiquée en France par des milliers d’hommes et de femmes, est à même de nourrir quantitativement et qualitativement les Français tout en favorisant un développement régional harmonieux.

Le plan « Objectif Terres 2020 », lancé par Michel Barnier en février dernier, va dans ce sens. Reste à savoir si ceux qui lui succèderont reprendront à leur compte cette feuille de route ainsi que celle du Grenelle (6% de surface agricole utile en agriculture biologique dès 2012, réduction de moitié de l’utilisation des pesticides en 2018, etc.). Une refondation est aussi nécessaire dans les secteurs de la pêche et de la forêt.

Or dans les 5 prochaines années, des décisions majeures devront être prises comme la réforme de la Politique Agricole Commune et de la Politique Commune des Pêches. Les constats d’échecs de ces politiques européennes, aussi bien en termes d’environnement que d’emploi, sont largement reconnus. La France pèse lourd sur ces dossiers à Bruxelles et a jusqu’à présent fait partie des pays qui n’ont fait que « gérer les réformes », loin de défendre  une refondation radicale de ces politiques.

Au lendemain d’élections qui ont clairement traduit politiquement l’espérance de nos concitoyens dans un New Deal écologique, nous appelons avec la plus grande force le Président de la République à initier une révolution écologique au Ministère de l’Agriculture et de la Pêche en choisissant une personnalité capable de relever ce défi et en inscrivant explicitement la préservation des ressources naturelles dans la lettre de mission du futur ministre. Cette révolution doit concerner tous les niveaux de l’Etat, y compris les services déconcentrés.

Le prochain ministre devrait être une personnalité de dialogue ayant la volonté de poursuivre  l’ouverture initiée par l’actuel ministre. Il faudrait une personne ouverte à la pluralité des acteurs (ONG environnementales, agricoles et de solidarité mais aussi diversité professionnelle) et travaillant en concertation avec le MEEDDAT.

Seul un signal politique clair et fort, venant du plus haut niveau de l’Etat, pourra permettre à la France d’avoir une politique de l’alimentation, de l’agriculture, de la pêche et de la forêt à la hauteur des défis écologiques.

Seul ce signal pourra placer la France, selon la volonté exprimée par le Président de la République lors de son discours de clôture du Grenelle, « à la tête de la politique environnementale européenne, avec la Commission et le Parlement européens ».

Yann Arthus-Bertrand, président de GoodPlanet

Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux

Didier Lorioux, président de la Fédération Nationale des Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural

Dominique Marion, président de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique

Jacques Morineau, président du Réseau Agriculture Durable

Serge Orru, directeur général du WWF-France

Cécile Ostria, directrice générale de la  Fondation Nicolas Hulot

François Veillerette, président du Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures