Porto de Galinhas, Brésil : La conférence annuelle de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) s’est terminée sur un ensemble de propositions d’actions soit inadéquates ou reportées à plus tard, toutes incapables d’assurer la reconstitution du stock de thon rouge. Tel est le constat que fait le WWF. Devant ce nouvel échec, plus que jamais, la survie du thon rouge repose sur une interdiction de son commerce international grâce à son inscription, en mars 2010, en annexe 1 de la Convention sur le Commerce International des Espèces de faune et de flore Sauvages menacées d’Extinction (CITES).
> Des décisions cosmétiques
L’ICCAT a approuvé la proposition faite par un groupe composé de sa présidence, de l’UE, du Japon, du Maroc et de la Tunisie, de baisser, pour 2010, le total admissible de capture (TAC) pour le thon rouge de 19.500 tonnes à 13.500 tonnes. Si on peut saluer l’effort accompli cette année, on doit aussi regretter qu’ils arrivent si tard et qu’ils ne soient pas à la hauteur de la situation. Les résultats des travaux scientifiques présentées à l’ICCAT ont montré qu’une réduction des prises à 8 000 tonnes, appliquée de manière stricte, avait de meilleures chances d’atteindre l’objectif de reconstitution du stock que s’est lui même fixé l’ICCAT. Une autre étude du comité scientifique de l’ICCAT, présentée à Recife, indiquait que même un arrêt total de la pêche n’offrait qu’une chance sur deux au stock de sortir de la zone rouge (plus de 15% de la population originelle) d’ici 2019.
> Une Commission Européenne qui n’a pas été au rendez-vous
Pour les pays européens, c’est la Commission Européenne qui siège à l’ICCAT sur la base d’un mandat négocié en amont. Son poids est considérable et elle a joué un rôle capital dans les négociations à Recife en tirant le quota vers le haut. La France aurait pu peser beaucoup plus lors de la négociation préalable du mandat européen si elle avait suivi les positions prises par son Président lors du discours du Havre. « Une fois de plus, les engagements pris par Nicolas Sarkozy, de suivre les recommandations scientifiques et de soutenir l’inscription du thon rouge à la CITES, sont restés lettre morte, et la France a laissé faire. L’avenir de l’espèce et de l’activité de pêche artisanale millénaire qui en dépend ont été sacrifié au profit d’une logique industrielle à court terme. » a déclaré Charles Braine, responsable du programme pêche durable au WWF-France.
Le WWF a fait campagne pendant la conférence pour une suspension de la pêche au thon rouge et a mené une action déterminée contre la pêche illégale qui constitue le vice principal cette pêcherie. Pendant la conférence annuelle, il a été prouvé que la plupart des pays impliqués dans la pêche au thon rouge enfreignaient les règles de l’ICCAT comme c’est le cas pour les fermes d’engraissement de l’UE, acceptant des poissons sans les documents officiels. Autre constat, la surcapacité massive des flottes industrielles de la Méditerranée continue également d’entraver les efforts de conservation, or ce problème reste encore insuffisamment pris en compte par l’ICCAT. Certes, la saison de la pêche industrielle au thon rouge des flottes de senneurs a été réduit de deux mois à un, mais elle reste ouverte pendant le pic de la période de fraye du 15 Mai à 15 Juin, période pendant laquelle les thons sont les plus vulnérables. Enfin, l’ICCAT a également continué d’ignorer les appels de longue date visant à établir un sanctuaire sur la principale zone de fraye au large des îles Baléares.
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