Il aura fallu attendre encore trois bonnes heures, le temps de régler quelques affaires en cours dans les autres sous-commissions, mais le bruit de couloir était assez fort pour tuer le suspense dès le matin.

L’Union européenne, le Japon, le Maroc, la Tunisie et le président de l’ICCAT ont enfin accouché d’une proposition :

- Total Admissible de Captures de 13500 tonnes,
- en 2010 : application de la matrice de KOBE II qui permet d’attribuer des probabilités de succès à tous les scénarios alternatifs,
- préparation par le comité scientifique en 2010 d’un plan de restauration pour 2011-2013 avec au moins 60% de probabilité (contre 50% habituellement).
- si l’évaluation des stocks du SCRS détecte un risque sérieux d’effondrement de la pêcherie l’ICCAT pourrait suspendre la pêche en 2011,
- les senneurs ne pourront travailler que du 15 mai au 15 juin sans dérogation pour mauvais temps,
- la réduction de la capacité est encore renforcée,
- les opérations conjointes avec d’autres pays sont limitées aux niveaux de 2007, 2008 ou 2009

Après quelques commentaires et changements mineures, cette proposition est adoptée moins certaines réserves aux alentours de 12h45

La proposition de la Libye d’un quota 0 est saluée mais rejetée.

A 15h55 la prolongation de la dérogation « tacite » marocaine pour l’usage des filets maillants passe également de façon indirecte via l’adoption de leur plan de sortie en annexe au rapport du panel 4.

Quelques conclusions rapides et préliminaires sur cet ICCAT 2009.

Ce quota de 13 500 tonnes ne correspond pas à l’approche de précaution que tout le monde attendait et qui aurait du prévaloir étant donné la situation de la population de thon rouge. Décevant !

Crispés sur leurs intérêts particuliers et poussés par des habitudes profondément ancrées, les délégués ont manifestement fini par oublier le contexte de cette session, ses objectifs de départ et les avertissements répétés que leur a envoyé le « monde extérieur » ces dernières années. Irresponsable !

Les discussions ont largement démontré que cette pêcherie était toujours hors de contrôle, malgré les efforts considérables mis en œuvre par la Commission européenne ces deux dernières années.

Un certain nombre d’Etats sont complices de ces infractions et l’ICCAT est alors totalement désarmée pour faire valoir la règle. Je garde en mémoire cette scène ou l’ensemble des honorables délégués riaient de la « lettre d’identification » - la plus haute sanction semble-t-il à l’ICCAT après la lettre de « préoccupation » - que devait leur adresser l’ICCAT. Le Japon réclamant la sienne « Oui, je la mérite », la Lybie aussi : « oui je suis d’accord pour que vous me l’envoyez, avec un café SVP ». Consternant !

Le rôle de la Commission européenne concernant la poursuite de la dérogation accordée au Maroc sur les filets dérivants est inacceptable. Cet accord revient à valider la mort de 8000 dauphins et de 50000 requins en plus de tout ceux qui ont déjà succombé dans ces filets depuis leur interdiction il y a six ans ! Il risque de remettre le feu dans les ports européens et de réactiver des conflits apaisés. Scandaleux !

Sur la question des requins et des prises accessoires, les résultats sont tout aussi décevants. Par exemple : une résolution, vieille de plus de 3 ans, concernant les mesures pour réduire les prises accessoires de tortues a été remise en annexe et sera examinée … l’an prochain. Affligeant !

Cette session de l’ICCAT a prouvé ce que nous suspections déjà après 20 ans d’échec : il est urgent de retirer à l’ICCAT la gestion du Thon rouge d’Atlantique et de Méditerranée et de bannir son commerce international !