En fin de journée, nouvelle session de notre « panel » préféré sur le thon rouge. Il débute par la fin de l’examen des plans de réduction de capacité. Tous les plans finissent par être adoptés sauf celui de la Turquie. Le contentieux n’est toujours pas résolu avec la Commission européenne qui lui reproche un taux de surcapacité de 300%. La question devra être réglée dans le Comité de conformité ou en session plénière.

Alors que nous attendions le début des choses sérieuses, le président de séance indique qu’il n’est pas encore temps d’aborder les questions de gestion : « nous n’avons pas plus de chiffres que ceux d’hier, inutile de perdre un temps précieux ». Personne ne veut sortir du bois, et abattre ses cartes en premier. La Commission européenne attend la position des Etats-Unis et réciproquement.

La Norvège s’inquiète du fait qu’on n’ait toujours aucun chiffre sur le Total Admissible de Capture si près de la fin de la conférence. Elle souhaite que, par souci de transparence, il soit fait part des négociations parallèles en séance du panel, pour éviter de se retrouver devant le fait accompli. Elle ne sera pas entendue.

Cette façon de procéder n’est effectivement pas dans l’esprit qui devrait présider à cette réunion de la dernière chance pour l’ICCAT. Elle n’est pas pour améliorer son image et sa crédibilité qui ont pourtant déjà beaucoup souffert. Si toutes les parties sont aussi préoccupées par l’état du stock de thon rouge et par la nécessité de suivre l’avis scientifique qu’elles l’affichent, il ne devrait pourtant pas être difficile de poser clairement les bases d’une négociation.

On y vient malgré tout indirectement par l’examen d’une proposition du Japon et des Etats-Unis qui propose un arrêt de la pêche, à l’exception de la pêche artisanale, lorsque les indicateurs scientifiques le préconisent. Elle est rédigée de façon assez vague pour ne pas pouvoir être accepté en l’état mais permet de tester les réactions à un quota zéro lors d’un tour de table.

La position des Etats:

La Libye serait d’accord mais sans l’exception artisanale : « c’est tout le monde ou personne. ».

La Commission européenne (CE) se lance dans une déclaration alambiquée sur la nécessité de mieux préciser la notion de pêche artisanale, sur des questions de méthodologie utilisées par le SCRS et conclut sans se positionner. C’est bizarre, d’habitude on comprend bien ce qu’ils disent à la CE, mais là, c’est confus…

La Norvège est d’accord, et le Japon accepte de retirer l’exception artisanale si cela plait mieux.

La CE reprend la parole pour indiquer qu’elle ne se positionnera qu’en fonction du plan de redistribution final, sous-entendu quand on connaîtra le TAC 2010….

Pas inintéressant comme tour de table : l’option zéro ne fait pas scandale.

Finalement la session se termine sur l’examen des résultats des travaux du comité scientifique concernant l’inscription du thon rouge à la CITES.

Je ne reviendrais pas sur la présentation du rapport que nous avons déjà abondamment commenté. Quelques réactions :

Le Japon : « j’étais à cette réunion et mon impression est qu’il est très difficile d’interpréter ces résultats car les valeurs sont très différentes selon les hypothèses. Il est très dommageable que les ONGs aient diffusé des résultats biaisés et continuent de le faire ici à l’ICCAT. ».

Pourtant, j’ai bien écouté et je n’ai pas noté de différence entre l’exposé du président du comité scientifique et ce que nous avions diffusé.

Le président du SCRS rappelle qu’ils ont seulement établis des probabilités et que c’est aux parties contractantes de décider du niveau de risque acceptable.

C’est bien de cela dont il s’agit : nous, les ONGs, avons une conception « biaisée » du niveau de risque acceptable pour sauver ou achever le stock de thon rouge !

La Libye soutient l’inscription à la CITES puisque les résultats scientifiques le suggèrent. Bravo.

Le débat est laissé en suspens jusqu’à prochaine séance.