Posté par Isabelle Laudon le 16 nov 2009 | dans : Pêche |
Porto de Galinhas, Brésil : La conférence annuelle de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) s’est terminée sur un ensemble de propositions d’actions soit inadéquates ou reportées à plus tard, toutes incapables d’assurer la reconstitution du stock de thon rouge. Tel est le constat que fait le WWF. Devant ce nouvel échec, plus que jamais, la survie du thon rouge repose sur une interdiction de son commerce international grâce à son inscription, en mars 2010, en annexe 1 de la Convention sur le Commerce International des Espèces de faune et de flore Sauvages menacées d’Extinction (CITES).
> Des décisions cosmétiques
L’ICCAT a approuvé la proposition faite par un groupe composé de sa présidence, de l’UE, du Japon, du Maroc et de la Tunisie, de baisser, pour 2010, le total admissible de capture (TAC) pour le thon rouge de 19.500 tonnes à 13.500 tonnes. Si on peut saluer l’effort accompli cette année, on doit aussi regretter qu’ils arrivent si tard et qu’ils ne soient pas à la hauteur de la situation. Les résultats des travaux scientifiques présentées à l’ICCAT ont montré qu’une réduction des prises à 8 000 tonnes, appliquée de manière stricte, avait de meilleures chances d’atteindre l’objectif de reconstitution du stock que s’est lui même fixé l’ICCAT. Une autre étude du comité scientifique de l’ICCAT, présentée à Recife, indiquait que même un arrêt total de la pêche n’offrait qu’une chance sur deux au stock de sortir de la zone rouge (plus de 15% de la population originelle) d’ici 2019.
> Une Commission Européenne qui n’a pas été au rendez-vous
Pour les pays européens, c’est la Commission Européenne qui siège à l’ICCAT sur la base d’un mandat négocié en amont. Son poids est considérable et elle a joué un rôle capital dans les négociations à Recife en tirant le quota vers le haut. La France aurait pu peser beaucoup plus lors de la négociation préalable du mandat européen si elle avait suivi les positions prises par son Président lors du discours du Havre. « Une fois de plus, les engagements pris par Nicolas Sarkozy, de suivre les recommandations scientifiques et de soutenir l’inscription du thon rouge à la CITES, sont restés lettre morte, et la France a laissé faire. L’avenir de l’espèce et de l’activité de pêche artisanale millénaire qui en dépend ont été sacrifié au profit d’une logique industrielle à court terme. » a déclaré Charles Braine, responsable du programme pêche durable au WWF-France.
Le WWF a fait campagne pendant la conférence pour une suspension de la pêche au thon rouge et a mené une action déterminée contre la pêche illégale qui constitue le vice principal cette pêcherie. Pendant la conférence annuelle, il a été prouvé que la plupart des pays impliqués dans la pêche au thon rouge enfreignaient les règles de l’ICCAT comme c’est le cas pour les fermes d’engraissement de l’UE, acceptant des poissons sans les documents officiels. Autre constat, la surcapacité massive des flottes industrielles de la Méditerranée continue également d’entraver les efforts de conservation, or ce problème reste encore insuffisamment pris en compte par l’ICCAT. Certes, la saison de la pêche industrielle au thon rouge des flottes de senneurs a été réduit de deux mois à un, mais elle reste ouverte pendant le pic de la période de fraye du 15 Mai à 15 Juin, période pendant laquelle les thons sont les plus vulnérables. Enfin, l’ICCAT a également continué d’ignorer les appels de longue date visant à établir un sanctuaire sur la principale zone de fraye au large des îles Baléares.
> La dernière chance du thon rouge se jouera à la CITES en mars à Doha
Au mois de mars, la CITES se réunira à Doha et examinera la proposition faite par la Principauté de Monaco d’inscrire le thon rouge à l’annexe 1 interdisant par là même son commerce et donc son exportation vers son marché principal, le Japon. Il est maintenant plus que nécessaire que les pays s’alignent sur cette proposition si l’on veut sauver le thon rouge. « Le résultat de la conférence annuelle de l’ICCAT est une absurdité scientifique tout à fait inacceptable » a déclaré le Dr Sergi Tudela, Responsable du programme pêche au WWF Méditerranée. « La réduction du TAC ne se fonde sur aucun avis scientifique permettant d’offrir une possibilité sérieuse de reconstitution de l’espèce. C’est juste une décision arbitraire de court terme. En créant de véritables conditions de sauvegarde pour le thon rouge, l’ICCAT pouvait rétablir sa propre réputation déjà bien entamée. C’est un échec patent. Il ne faut plus se faire berner par les promesses sans lendemain de l’ICCAT, cette institution a failli. Il est maintenant temps d’agir ailleurs. Plus que jamais, il apparaît clairement pour nous que seule l’interdiction du commerce mondiale du thon rouge reste le seul espoir pour sauver l’espèce d’une fin annoncée. »
> L’échec sur le thon rouge n’est pas le seul échec à mettre au passif de l’ICCAT.
En effet, le Maroc s’est vu octroyer deux ans supplémentaires pour utiliser les filets dérivants afin de pratiquer la pêche à l’espadon. Ces filets sont la cause de la mort de plus de 4 000 dauphins et de 25 000 requins en Méditerranée chaque année. Pourtant, l’interdiction de recourir aux filets dérivants est incluse dans de nombreux accords internationaux concernant l’ONU, de l’ICCAT et de l’UE elle-même, principal marché pour l’espadon marocain.
« Cette année toute le monde s’est enquis de la restauration de la crédibilité de l’ICCAT et pour ce faire, on a accepté le massacre de plus de 50 000 dauphins et de 8 000 dauphins. C’est incroyable !! Et cela ne fait que confirmer, hélas, l’échec total de l’ICCAT dans sa gestion de la pêche » remarque le Dr Tudela.
Pour finir, l’ICCAT a été incapable de trouver un accord sur de véritables mesures conservatoires pour la protection des espèces de requins les plus vulnérables…

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