16
novembre
2009

Dès le début de cette seconde session , le ton se durcit. Le WWF et les autres ONG ont fait circuler des documents qui donnent des exemples de fraudes avérées. L’ONG Oceana expose les principaux résultats de sa campagne 2008 qui montrent la poursuite d’activités de pêche au filet dérivant (un engin interdit depuis 2002) dans les ports italiens en particulier, ainsi que l’infraction de bateaux libyens qui pêchent malgré des interdictions.

Le WWF et Greenpeace se sont procurés un extrait du rapport d’inspection du navire français Arago, impliqué dans les contrôles en mer. Le constat est très inquiétant : il met en évidence de nombreuses infractions, quasiment généralisées pour ce qui concerne le pavillon turc, mais qui concernent également la flottille communautaire. La Commission européenne confirmera que le taux d’infraction de la flottille turque s’élève à 63% !

Dans un autre document, le WWF et Greenpeace rendent compte d’une analyse qui porte sur 11 267 thons (pour un total de 908 tonnes) engraissés dans des fermes méditerranéennes et qui ont été vendus frais sur le marché japonais. Selon les calculs réalisés en utilisant différents taux de grossissement, de 8 à 20 % de ces thons ont été pêchés en dessous de la taille minimale légale, 56% pesaient moins de 60 kg et 75% moins de 90 kg. Outre l’infraction, ces données révèlent l’ampleur du déclin du stock car il y a peine 10 ans, la très grande majorité des thons dépassait les 100 kg.

L’intensité des contrôles menés par la Commission européenne lui a fourni de très nombreuses preuves d’infractions. La représentante de l’Europe énumère avec insistance une très longue liste de délits constatés par les inspecteurs qui concernent principalement la Turquie et la Tunisie, dont les représentants sont sur le grill. Le Japon joue en double avec la Commission européenne et demande des précisions quand les réponses ne sont pas satisfaisantes. Il faut dire qu’elles le sont souvent : les documents falsifiés sont des « erreurs dactylographiques », les bateaux non inscrits apparaissent dans les listes après l’inspection, les documents obligatoires ne peuvent pas être présentés car ils sont sur un autre bateau, s’il n’y a pas de video c’est qu’il n’y a pas eu de transfert : des thons, des cages, des remorqueurs, des senneurs, mais pas de transfert… . Enfin, tous ces problèmes sont liés à des difficultés de communication avec les inspecteurs qui ne parlent pas le turc.

Le délégué libyen compatit - « c’est un jour difficile pour la Turquie… » - puis explique qu’on a poussé la Turquie à frauder en lui attribuant un quota trop faible. « Nous sommes complices de ce crime ».

Le Japon s’inquiète effectivement du fait que le quota turc représente dix tonnes par bateau alors que chacun d’eux peut en pêcher deux cents.

La surcapacité est à l’évidence le problème de fond de cette pêcherie. Elle est avérée, importante, et généralisée. Nous pensons que les thoniers senneurs sont des outils trop performants et non compatibles avec une exploitation durable de la ressource. C’est le modèle économique qu’implique cette pratique de pêche qui pèche, plutôt que sa mise en œuvre. C’est un problème structurel. C’est comme demander à un conducteur de Ferrari de rouler à 90 kilomètres à l’heure sur une autoroute 4 voies déserte et sans radar : totalement irréaliste !

Autres informations du jour :

- La Commission européenne indique qu’il y a eu moins d’infractions de sa flotte cette année. Elle a mis tout en œuvre pour ça. « Nous avons effectué un contrôle à 150 % ». « Nous avons suivi la flotte heure par heure vers la fin de la saison (2008) et nous avons fermé la pêche 15 jours avant la date limite ».

- Le Japon : « Nous sommes le plus gros marché mais nous ne voulons importer que du thon légal ». C’est bien.

La phrase du jour :

Une sortie de notre ami libyen menaçant le délégué Japonais d’un doigt vindicatif : « Nous pêchons tous pour vous Mister Japan ! ». Il a raison.

La conclusion de ces deux jours consacrés au contrôle est qu’il est impossible à mettre en œuvre de façon correcte sur cette pêcherie. C’est difficile et coûteux quand les Etats s’y attellent sérieusement comme ce fut le cas, enfin, de la Commission européenne. Mais dès lors que les Etats sont complices ou indifférents, si les infractions constatées ne sont sanctionnées que d’un « avertissement » par les autorités, rien n’est possible. Dès lors, à quoi bon négocier un quota ?

16
novembre
2009

Par Denis Ody, représentant du WWF-France à l’ICCAT, responsable du Pôle Océan et Côtes.

Première impression : la salle est immense, la climatisation polaire, l’assistance nombreuse et d’origines diverses. Le WWF est installé avec d’autres ONGs au fond de la salle. Nous avons droit à  une table, ce qui n’est pas le cas des derniers rangs. Plutôt bien traités donc.

Les deux premiers jours sont consacrés à un bilan sur les contrôles et le respect des règles par les pays qui font partie de l’ICCAT.

C’est là le point faible de tout système de gestion des pêches et pour le thon rouge un véritable scandale. Depuis l’instauration des quotas sur cette espèce, ils n’ont jamais, jamais, été respectés : au minimum doublés, et le plus souvent triplés.

Principales informations du jour :

- La Commission européenne réclame que tous les bateaux transmettent leurs données satellite sans dérogation ni délais, indiquant que ce n’est pas le cas pour tous les bateaux.

- Il apparaît que le système d’observateurs décidés en 2008 n’a pas été correctement mis en œuvre, y compris par la Commission européenne qui a préféré son propre système.

- Les efforts de contrôle de la Commission européenne ont impliqué 16 navires, 8 avions de surveillance, 128 observateurs, 400 inspections ont été réalisées.

- Le Japon s’engage : il arrêtera l’importation des produits illégaux. Pourquoi ne l’a-t-il donc pas fait plus tôt ?

Les quotas n’ont jamais été respectés, disais-je.  Sous la pression des ONGs, reprenant des constats scientifiques alarmants, la réglementation a été progressivement renforcée et l’attirail des contrôles s’est largement étoffé.  Il faut dire que la pêche au thon rouge est un terrain fertile pour la ruse des fraudeurs.

Depuis le développement du marché du sushi à la fin des années 90, la plupart des thons rouges de méditerranée (80%) sont pêchés à la senne tournante, transférés de la senne à une immense cage flottante sans sortir de l’eau, emmenés par des remorqueurs jusqu’à d’autres cages littorales (Malte, Espagne, Croatie, Turquie principalement), engraissés pendant 6 mois, abattus et finalement exportés au Japon.

A chaque étape la fraude est possible. Cliquez pour lire la suite »