16
novembre
2009

par Denis Ody, envoyé spécial du WWF-France à l’ICCAT, responsable du Pôle Océans et Côtes

C’est aujourd’hui que débute officiellement la conférence. Tenue sérieuse obligatoire indique Mister chairman. La salle s’est remplie, toutes les délégations sont maintenant au complet et le côté  « observateurs » est également saturé.

Après les discours officiels, cette session plénière débute avec la présentation des résultats scientifiques. Je ne vais pas vous les détailler ici, ce serait laborieux et un peu compliqué, y compris pour moi, mais sachez qu’il n’y a guère de raisons de se réjouir pour l’ensemble de la trentaine d’espèces sous régime ICCAT.

Cette session se poursuit sans péripétie particulière, on s’endort un peu. C’est à la fin de la journée, lors de la poursuite des discussions sur le contrôle, que se produit l’événement du jour : les Marocains interrogés sur la poursuite de la pratique des filets dérivants par leurs pêcheurs, indiquent qu’ils sont en train de les éliminer progressivement. Ils demandent aux parties de l’ICCAT encore un peu de temps pour aboutir, une demande qu’il avait déjà faite l’année précédente. Mine de rien, la représentante de la Commission européenne (CE) prend la parole pour appuyer cette demande de « nos amis marocains » de reconduire cette « dérogation tacite », indiquant également que la CE avait soutenu financièrement cette transition. Les Etats-Unis et le Brésil renchérissent.

J’ai vu Sergi (Sergi Tudela, responsable pêche du Bureau méditerranéen du WWF) assis à mes côtés bondir intérieurement (extérieurement un peu aussi je dois dire) et, pour la première fois, demander la parole. Celle-ci n’est accordée aux observateurs que si aucune partie prenante ne la réclame et par chance une ouverture se profile.

Sergi rappelle que cette interdiction remonte à 2003, qu’elle a été validée par l’ICCAT elle même, et que si on peut accepter un délai pour une transition vers d’autres pratiques, on ne peut pas valider l’idée d’une transition de 6 ans, et encore moins celle d’une dérogation  « tacite ». Il indique également qu’il était au Maroc cet été, qu’il a constaté lui-même que cette pêche se poursuivait sans changement, et même que les pêcheurs semblaient à peine informés de son illégalité (question : où sont passés les fonds européens pour la transition ?). Enfin, l ‘essentiel, il rappelle qu’une étude du WWF publié dans une revue scientifique, avait estimé que cette pêche causait la mort de 4000 dauphins et 25000 requins pélagiques chaque année !

Décodage : l’immense majorité de cette pêche illégale au Maroc finit dans les assiettes européennes. Cliquez pour lire la suite »

16
novembre
2009

Dès le début de cette seconde session , le ton se durcit. Le WWF et les autres ONG ont fait circuler des documents qui donnent des exemples de fraudes avérées. L’ONG Oceana expose les principaux résultats de sa campagne 2008 qui montrent la poursuite d’activités de pêche au filet dérivant (un engin interdit depuis 2002) dans les ports italiens en particulier, ainsi que l’infraction de bateaux libyens qui pêchent malgré des interdictions.

Le WWF et Greenpeace se sont procurés un extrait du rapport d’inspection du navire français Arago, impliqué dans les contrôles en mer. Le constat est très inquiétant : il met en évidence de nombreuses infractions, quasiment généralisées pour ce qui concerne le pavillon turc, mais qui concernent également la flottille communautaire. La Commission européenne confirmera que le taux d’infraction de la flottille turque s’élève à 63% !

Dans un autre document, le WWF et Greenpeace rendent compte d’une analyse qui porte sur 11 267 thons (pour un total de 908 tonnes) engraissés dans des fermes méditerranéennes et qui ont été vendus frais sur le marché japonais. Selon les calculs réalisés en utilisant différents taux de grossissement, de 8 à 20 % de ces thons ont été pêchés en dessous de la taille minimale légale, 56% pesaient moins de 60 kg et 75% moins de 90 kg. Outre l’infraction, ces données révèlent l’ampleur du déclin du stock car il y a peine 10 ans, la très grande majorité des thons dépassait les 100 kg.

L’intensité des contrôles menés par la Commission européenne lui a fourni de très nombreuses preuves d’infractions. La représentante de l’Europe énumère avec insistance une très longue liste de délits constatés par les inspecteurs qui concernent principalement la Turquie et la Tunisie, dont les représentants sont sur le grill. Le Japon joue en double avec la Commission européenne et demande des précisions quand les réponses ne sont pas satisfaisantes. Il faut dire qu’elles le sont souvent : les documents falsifiés sont des « erreurs dactylographiques », les bateaux non inscrits apparaissent dans les listes après l’inspection, les documents obligatoires ne peuvent pas être présentés car ils sont sur un autre bateau, s’il n’y a pas de video c’est qu’il n’y a pas eu de transfert : des thons, des cages, des remorqueurs, des senneurs, mais pas de transfert… . Enfin, tous ces problèmes sont liés à des difficultés de communication avec les inspecteurs qui ne parlent pas le turc.

Le délégué libyen compatit - « c’est un jour difficile pour la Turquie… » - puis explique qu’on a poussé la Turquie à frauder en lui attribuant un quota trop faible. « Nous sommes complices de ce crime ».

Le Japon s’inquiète effectivement du fait que le quota turc représente dix tonnes par bateau alors que chacun d’eux peut en pêcher deux cents.

La surcapacité est à l’évidence le problème de fond de cette pêcherie. Elle est avérée, importante, et généralisée. Nous pensons que les thoniers senneurs sont des outils trop performants et non compatibles avec une exploitation durable de la ressource. C’est le modèle économique qu’implique cette pratique de pêche qui pèche, plutôt que sa mise en œuvre. C’est un problème structurel. C’est comme demander à un conducteur de Ferrari de rouler à 90 kilomètres à l’heure sur une autoroute 4 voies déserte et sans radar : totalement irréaliste !

Autres informations du jour :

- La Commission européenne indique qu’il y a eu moins d’infractions de sa flotte cette année. Elle a mis tout en œuvre pour ça. « Nous avons effectué un contrôle à 150 % ». « Nous avons suivi la flotte heure par heure vers la fin de la saison (2008) et nous avons fermé la pêche 15 jours avant la date limite ».

- Le Japon : « Nous sommes le plus gros marché mais nous ne voulons importer que du thon légal ». C’est bien.

La phrase du jour :

Une sortie de notre ami libyen menaçant le délégué Japonais d’un doigt vindicatif : « Nous pêchons tous pour vous Mister Japan ! ». Il a raison.

La conclusion de ces deux jours consacrés au contrôle est qu’il est impossible à mettre en œuvre de façon correcte sur cette pêcherie. C’est difficile et coûteux quand les Etats s’y attellent sérieusement comme ce fut le cas, enfin, de la Commission européenne. Mais dès lors que les Etats sont complices ou indifférents, si les infractions constatées ne sont sanctionnées que d’un « avertissement » par les autorités, rien n’est possible. Dès lors, à quoi bon négocier un quota ?

16
novembre
2009

Par Denis Ody, représentant du WWF-France à l’ICCAT, responsable du Pôle Océan et Côtes.

Première impression : la salle est immense, la climatisation polaire, l’assistance nombreuse et d’origines diverses. Le WWF est installé avec d’autres ONGs au fond de la salle. Nous avons droit à  une table, ce qui n’est pas le cas des derniers rangs. Plutôt bien traités donc.

Les deux premiers jours sont consacrés à un bilan sur les contrôles et le respect des règles par les pays qui font partie de l’ICCAT.

C’est là le point faible de tout système de gestion des pêches et pour le thon rouge un véritable scandale. Depuis l’instauration des quotas sur cette espèce, ils n’ont jamais, jamais, été respectés : au minimum doublés, et le plus souvent triplés.

Principales informations du jour :

- La Commission européenne réclame que tous les bateaux transmettent leurs données satellite sans dérogation ni délais, indiquant que ce n’est pas le cas pour tous les bateaux.

- Il apparaît que le système d’observateurs décidés en 2008 n’a pas été correctement mis en œuvre, y compris par la Commission européenne qui a préféré son propre système.

- Les efforts de contrôle de la Commission européenne ont impliqué 16 navires, 8 avions de surveillance, 128 observateurs, 400 inspections ont été réalisées.

- Le Japon s’engage : il arrêtera l’importation des produits illégaux. Pourquoi ne l’a-t-il donc pas fait plus tôt ?

Les quotas n’ont jamais été respectés, disais-je.  Sous la pression des ONGs, reprenant des constats scientifiques alarmants, la réglementation a été progressivement renforcée et l’attirail des contrôles s’est largement étoffé.  Il faut dire que la pêche au thon rouge est un terrain fertile pour la ruse des fraudeurs.

Depuis le développement du marché du sushi à la fin des années 90, la plupart des thons rouges de méditerranée (80%) sont pêchés à la senne tournante, transférés de la senne à une immense cage flottante sans sortir de l’eau, emmenés par des remorqueurs jusqu’à d’autres cages littorales (Malte, Espagne, Croatie, Turquie principalement), engraissés pendant 6 mois, abattus et finalement exportés au Japon.

A chaque étape la fraude est possible. Cliquez pour lire la suite »

11
novembre
2009

Le WWF est présent, en tant qu’observateur, à la 21ème conférence ordinaire de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) qui se tient à Recife (Brésil) du 6 au 15 novembre,  avec une délégation de 5 personnes, dont Denis Ody, responsable du Pôle Océans et Côtes du WWF-France.

Il s’agit d’observer les débats, mais aussi de prendre la parole mais uniquement lorsque … personne ne la demande.

Le WWF pourra ainsi rappeler, à point nommé, aux parties présentes les faits, observations ou études scientifiques dont il a connaissance.

Cette présence permet au WWF d’être parfaitement au courant de ce qu’il s’est dit, des chiffres avancés par les uns et les autres ainsi que des positions tenues et de leur évolution. Un savoir indispensable pour pouvoir par la suite dialoguer, en toute autonomie et connaissance de cause, avec les pouvoirs publics … et donner un autre son de cloche aux media.

C’est aussi l’occasion d’échanger avec les scientifiques et les délégations présentes sur place et de tenter de rapprocher les points de vue.

Les observateurs étant tenus à un devoir de confidentialité, les échanges ne peuvent être pour l’instant relatés sur ce blog.

10
novembre
2009

par Denis Ody, responsable du Pôle Océans et Côtes

Le respect des quotas est le point faible de tout système de gestion des pêches et pour le thon rouge un véritable scandale. Depuis l’instauration des quotas sur cette espèce, ils n’ont jamais, jamais, été respectés : au minimum doublés, et le plus souvent triplés.

Sous la pression des ONGs, reprenant des constats scientifiques alarmants, la réglementation a été progressivement renforcée et l’attirail des contrôles s’est largement étoffé.  Il faut dire que la pêche au thon rouge est un terrain fertile pour la ruse des fraudeurs.

Depuis le développement du marché du sushi à la fin des années 90, la plupart des thons rouges de méditerranée (80%) sont pêchés à la senne tournante, transférés de la senne à une immense cage flottante sans sortir de l’eau, emmenés par des remorqueurs jusqu’à d’autres cages littorales (Malte, Espagne, Croatie, Turquie principalement), engraissés pendant 6 mois, abattus et finalement exportés au Japon.

A chaque étape la fraude est possible. Cliquez pour lire la suite »

6
novembre
2009

Comme chaque année, le destin du thon rouge se joue à la conférence annuelle de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique, ou CICTA, plus connue sous son acronyme anglophone « ICCAT ». Une trentaine d’espèces relèvent de l’ICCAT mais pour ce qui nous concerne c’est évidemment le thon rouge pêché en Méditerranée qui est au centre de nos préoccupations.

Ces réunions annuelles sont une litanie d’échecs successifs comme le démontre l’état des populations de l’espèce qui sont au bord de l’effondrement. Crée en 1966 et entrée en vigueur en 1969, l’ICCAT n’a jamais réussi à atteindre l’objectif premier de sa création : mettre en place une gestion durable (on disait « rationnelle » à cette époque) des thonidés et poissons-épées et en particulier du thon rouge.

Chaque année les scientifiques de l’ICCAT déterminent un quota de pêche, chaque année les représentants des pays accordent un quota bien supérieur et chaque année, en mer, les bateaux pêchent deux à trois fois ce qui était autorisé. Ainsi allait le monde des pêcheurs de thonidés avec un summum atteint en 2007, quand l’exagération n’a plus été acceptable. Cette année là, les Français ont réussi l’exploit de déclarer officiellement des captures supérieures à leur quota oubliant même de dissimuler ces excès.

A la conférence de 2008, le WWF a redoublé d’effort en se fondant sur des éléments scientifiques solides démontrant l’effondrement des stocks. Il défendait l’idée d’un moratoire, appuyé par d’autres ONG et certains Etats de l’ICCAT. Mais encore une fois les résultats furent décevants, le moratoire repoussé et le quota accordé au-dessus de celui préconisé par les scientifiques. Confirmant cet échec, un audit indépendant concluait que l’ICCAT avait failli à toutes ses missions et qu’elle était un exemple d’échec patent en matière de gestion des pêches.

Alors pourquoi continuer à participer à cette mascarade en 2009 vous demandez-vous sans doute comme nous nous le sommes demandés nous-mêmes ? Cliquez pour lire la suite »

6
novembre
2009

Le WWF appelle les pays se rencontrant du 6 au 15 novembre au Brésil à se mettre d’accord, de façon urgente, sur une interdiction temporaire de la pêche au thon rouge de l’Atlantique, seule mesure permettant d’éviter un effondrement imminent de l’espèce.

Alors que la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) est en pleine réunion annuelle à Récife (Brésil), ses 48 membres doivent se prononcer sur les mesures à prendre afin d’assurer l’avenir du thon rouge, une espèce trop longtemps victime de surpêche, voire de pêche illégale, au mépris des règles juridiques et des avis scientifiques.

«Le WWF ne veut pas voir disparaître le thon rouge, cette espèce magnifique qui a nourri les hommes pendant des milliers d’années. C’est à l’ICCAT de créer les conditions d’une exploitation durable de cette espèce. Jusqu’à présent, elle a totalement échoué dans ce domaine. Maintenant, elle n’a plus d’autre choix que de faire cesser la pêche pour permettre au stock de se reconstituer. C’est la seule issue possible, il n’y a pas de plan B. » affirme Sergi Tudela, responsable Pêche au WWF-Méditerranée.

Les propres analyses du comité scientifique de l’ICCAT reconnaissent d’ailleurs que seul un moratoire offrirait des chances de reconstitution du stock de thon rouge, jusqu’à présent surexploité dans l’Atlantique tout comme en Méditerranée. Le Comité scientifique de l’Organisation, réuni en octobre, a d’ailleurs démontré que le thon rouge répondait aux critères d’inscription à l’Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Cette mesure d’inscription, proposée par la Principauté de Monaco, interdirait tout commerce international du thon rouge. Elle doit être soumise au vote en mars 2010.

Pour le WWF, cette interdiction du commerce est complémentaire au moratoire sur la pêche du thon rouge : Cliquez pour lire la suite »