par Denis Ody, envoyé spécial du WWF-France à l’ICCAT, responsable du Pôle Océans et Côtes
C’est aujourd’hui que débute officiellement la conférence. Tenue sérieuse obligatoire indique Mister chairman. La salle s’est remplie, toutes les délégations sont maintenant au complet et le côté « observateurs » est également saturé.
Après les discours officiels, cette session plénière débute avec la présentation des résultats scientifiques. Je ne vais pas vous les détailler ici, ce serait laborieux et un peu compliqué, y compris pour moi, mais sachez qu’il n’y a guère de raisons de se réjouir pour l’ensemble de la trentaine d’espèces sous régime ICCAT.
Cette session se poursuit sans péripétie particulière, on s’endort un peu. C’est à la fin de la journée, lors de la poursuite des discussions sur le contrôle, que se produit l’événement du jour : les Marocains interrogés sur la poursuite de la pratique des filets dérivants par leurs pêcheurs, indiquent qu’ils sont en train de les éliminer progressivement. Ils demandent aux parties de l’ICCAT encore un peu de temps pour aboutir, une demande qu’il avait déjà faite l’année précédente. Mine de rien, la représentante de la Commission européenne (CE) prend la parole pour appuyer cette demande de « nos amis marocains » de reconduire cette « dérogation tacite », indiquant également que la CE avait soutenu financièrement cette transition. Les Etats-Unis et le Brésil renchérissent.
J’ai vu Sergi (Sergi Tudela, responsable pêche du Bureau méditerranéen du WWF) assis à mes côtés bondir intérieurement (extérieurement un peu aussi je dois dire) et, pour la première fois, demander la parole. Celle-ci n’est accordée aux observateurs que si aucune partie prenante ne la réclame et par chance une ouverture se profile.
Sergi rappelle que cette interdiction remonte à 2003, qu’elle a été validée par l’ICCAT elle même, et que si on peut accepter un délai pour une transition vers d’autres pratiques, on ne peut pas valider l’idée d’une transition de 6 ans, et encore moins celle d’une dérogation « tacite ». Il indique également qu’il était au Maroc cet été, qu’il a constaté lui-même que cette pêche se poursuivait sans changement, et même que les pêcheurs semblaient à peine informés de son illégalité (question : où sont passés les fonds européens pour la transition ?). Enfin, l ‘essentiel, il rappelle qu’une étude du WWF publié dans une revue scientifique, avait estimé que cette pêche causait la mort de 4000 dauphins et 25000 requins pélagiques chaque année !
Décodage : l’immense majorité de cette pêche illégale au Maroc finit dans les assiettes européennes. Cliquez pour lire la suite »
C’est le modèle économique qu’implique cette pratique de pêche qui pèche, plutôt que sa mise en œuvre. C’est un problème structurel. C’est comme demander à un conducteur de Ferrari de rouler à 90 kilomètres à l’heure sur une autoroute 4 voies déserte et sans radar : totalement irréaliste !