Les négociations suivent leur cours à Bruxelles en vue d’établir la position européenne sur la proposition d’inscription du thon rouge à l’Annexe I à la prochaine conférence des parties de la CITES* à Doha, Qatar, du 13 au 25 mars prochain.

Après les prises de position officielles de la France, du Parlement européen et de la Commission européenne, le dernier mot revient au Conseil des ministres européens. Mais dans les coulisses, la situation semble être bloquée.

En effet, plusieurs propositions sont sur la table. La proposition de la Commission, très proche de celle de la France, contient une clause de conditionnalité qui prévoit qu’un comité ad hoc statuera sur l’inscription effective ou non du thon rouge d’ici 12 mois au vu d’éventuels nouveaux éléments.

Cette clause constitue le nœud de l’affaire. D’ailleurs, un débat sur sa légalité et sa pertinence politique est engagé et bon nombre d’experts du fonctionnement de la CITES prédisent qu’elle fera échouer le vote si elle est maintenue. En effet, beaucoup d’Etats ne souhaitent pas qu’elle crée un précédent qui pourrait nuire à terme au fonctionnement global de la Convention. Pour cette raison, une majorité d’Etats membres du nord de l’Europe sont opposés à cette alternative.

A Bruxelles, les autres propositions sont plus proches de la position de Monaco, c’est-à-dire une inscription directe à l’Annexe I avec quelques modalités facilitant une réversibilité du classement si de nouveaux éléments encourageants sont mis à jour. Mais les Etats méditerranéens forment une minorité de blocage empêchant son adoption.

La France occupe, comme toujours sur ce dossier, une position stratégique car elle seule est en mesure de faire basculer la position européenne en assouplissant sa position, et en renonçant désormais à la clause de conditionnalité.

Seul pays méditerranéen à s’être prononcé en faveur de l’Annexe I, la France doit faire un dernier effort au risque de tout perdre.

Si les Européens n’arrivent pas à se mettre d’accord avant le 15 mars, les 27 Etats membres s’abstiendront et la proposition d’inscription du thon rouge n’aura aucune chance d’être votée à Doha. Cette option est l’objectif à peine caché de l’Espagne, autre grand pays pêcheur et actuellement à la tête de l’Union Européenne, et pourrait satisfaire une partie du gouvernement français qui n’a jamais masqué non plus sa réticence à l’inscription du thon rouge à l’Annexe I.

Le risque d’un échec à Doha est donc réel et de multiples observateurs ne manqueront pas d’attribuer la responsabilité de ce fiasco à l’Union Européenne et à la France en particulier.

Bloom et le WWF-France en appellent donc au Président de la République pour qu’il s’assure que la position française ne bloque pas le processus au niveau européen. C’est seulement ainsi qu’il tiendra son engagement pris lors du discours du Havre, le 16 juillet dernier où il avait clairement apporté « le soutien de la France à l’inscription du thon rouge à l’annexe de la convention internationale sur les espèces sauvages, pour en interdire le commerce. »