Les Etats membres de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ont choisi - sur proposition insistante de la Libye - de voter aujourd’hui sur la proposition d’inscription du thon rouge à l’Annexe I.

> L’opposition de principe d’inscrire une espèce marine à haute valeur commerciale à la CITES

Beaucoup d’Etats se sont opposés par principe à ce qu’une espèce marine à haute valeur commerciale soit inscrite à la CITES estimant que la gestion durable de ces espèces relèvent des organisations régionales de gestion des pêches. Pour le thon rouge, il s’agit de la Commission Internationale pour la Conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT).

C’est justement parce que l’ICCAT a failli dans sa mission depuis 40 ans, amenant le stock au bord de l’épuisement, que Monaco a décidé de proposer son inscription à la CITES.

« Malgré des rapports scientifiques accablants, les échecs répétés de l’ICCAT et un ralliement progressif d’un grand nombre d’Etats, la communauté internationale a décidé de sacrifier le thon rouge sur l’autel des intérêts économiques à court terme, sans même prendre le temps d’un véritable débat » s’insurge Charles Braine, responsable du programme Pêche durable au WWF-France.

> Les tergiversations européennes : 6 mois de perdu pour arriver à une position ambiguë

Cet échec est en partie dû aux tergiversations de l’UE qui a mis 6 mois à s’accorder sur une position et n’y est parvenue que 3 jours avant le début de la conférence.

Qui plus est, cette position européenne, largement portée par la France, multipliait les conditions pour que l’UE soutienne l’Annexe I, afin qu’il puisse être tenu compte des résultats de la prochaine réunion de l’ICCAT à l’automne 2010. C’est ce que, selon l’AFP, déclarait encore ce matin Bernard Kouchner en visite au Japon.

Les conditions posées par l’Union européenne incluaient des procédures non prévues par le texte de la CITES ce qui a jeté un trouble à Doha où une partie des Etats craignaient la création d’un précédent. C’est ce que n’a pas manqué de souligner le Japon lors du débat qui a précédé le vote : le thon rouge aurait ainsi pu être inscrit à l’Annexe I mais avec une entrée en vigueur différée qui elle-même aurait pu être suspendue jusqu’à la prochaine conférence des Parties…

« L’Union européenne, on le voit bien, était divisée et sa position finale n’était en rien convaincante. Or, comme dans toute négociation internationale, la diplomatie est essentielle : il faut aller convaincre les Etats un par un, comme l’a fait le Japon et comme n’a pas pu le faire l’Union européenne, divisée et porteuse d’une position qui manquait pour le moins de clarté et de détermination. Après Copenhague, c’est de nouveau le signe de l’incapacité de l’Europe à être un acteur international efficace » explique Serge Orru, Directeur Général du WWF-France.

Or l’Union européenne aurait pu arrêter sa position depuis le 21 septembre dernier, mais les 6 Etats méditerranéens avaient alors rejeté un soutien à l’annexe I.