Bruno le Maire reçoit aujourd’hui Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture, un homme qui considère l’environnement comme « le meilleur argument en faveur de la PAC ». On aimerait que le ministre de l’Agriculture en dise autant car la France semble mener un combat d’arrière-garde.

> L’environnement est un atout, il ne doit pas devenir le bouc émissaire des problèmes structurels que connaissent les filières agricoles aujourd’hui.

« En pointant du doigt les ‘contraintes environnementales’ comme étant l’un des facteurs aggravants de la profonde crise qui frappe le monde agricole, la FNSEA et le ministre de l’Agriculture commettent une grave erreur : ils font de l’environnement un bouc-émissaire, alors que la démonstration est faite que des modèles agricoles durables permettent aux agriculteurs de dégager un meilleur revenu.  La crise économique devrait donc au contraire inciter à accélérer la conversion du modèle agro-industriel français vers des pratiques durables » analyse Jean-Stéphane Devisse, directeur des Programmes du WWF-France.

L’environnement est sans doute le levier le plus pertinent pour permettre une réorientation rapide vers des modèles moins coûteux : modifier les systèmes de production en réduisant la dépendance aux intrants chimiques (engrais, pesticides, pétrole…) permet de diminuer les charges d’exploitation et de maintenir le revenu agricole, voire de l’augmenter (Inra, étude écophyto R&D).

> Pollution de l’eau : le gouvernement doit choisir entre revendications des céréaliers et recommandations de la Cour des Comptes.

Dans son rapport 2010, la Cour des Comptes pointe « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ». Elle préconise d’augmenter les redevances liées aux pollutions agricoles pour les rendre plus dissuasives et les « mettre en rapport avec le coût de la dépollution ». Les céréaliers demandent l’inverse. Qui, des céréaliers ou de la Cour des Comptes, le gouvernement écoutera-t-il ?

En effet, le modèle agricole industriel a une lourde responsabilité dans la dégradation de la qualité de l’eau en France, notamment dans les grands bassins céréaliers. « Lorsque Bruno Le Maire désigne les ‘contraintes environnementales ‘ qui pèsent sur les agriculteurs, il tronque la réalité en oubliant de préciser le coût bien plus lourd payé par la société, car finalement c’est le consommateur qui, à travers sa facture d’eau, paye le plus lourd tribut pour financer la dépollution. Sans oublier ce que coûtera au contribuable les possibles condamnations de la France pour non respect des directives européennes sur l’eau » explique Cyrille Deshayes, responsable du Pôle Eaux Douces du WWF-France.

Il est de la responsabilité des pouvoirs publics et des professionnels de s’atteler à la conversion vers un modèle agricole durable. Ces derniers doivent assumer les grands défis environnementaux, au lieu de s’accrocher à un modèle qui n’a pas d’avenir. Le plan Barnier a amorcé une réorientation des aides. Nous appelons le gouvernement à confirmer ce cap.

Le WWF demande que la crise actuelle que traverse le monde agricole soit l’occasion de mettre en place un processus de co-élaboration d’un nouvel modèle agricole français impliquant l’ensemble des parties prenantes (pouvoirs publics, collectivités locales, interprofessions, secteur de la distribution, syndicats agricoles, associations de consommateurs, ONG environnementales).