Le 18 octobre dernier, par un courrier co-signé par Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno, le ministère de l’écologie diffusait ses propositions pour une PAC durable après 2013, apportant ainsi sa contribution au débat. Face aux pressions, elles ont été retirées hier du site du ministère.

On se frotte les yeux pour y croire : sommes-nous bien en France ?

Rappelons que l’agriculture concerne 60% du territoire français et que l’agriculture industrielle a des impacts majeurs sur les écosystèmes. On connaît la situation catastrophique de l’eau en France, largement contaminée par les nitrates et pesticides. Or le ministère de l’écologie a précisément pour mission la protection de ces écosystèmes. Il est donc bien normal qu’il apporte sa contribution et c’est au contraire son silence qui aurait été condamnable.

Sommes-nous bien à l’heure de l’intégration de l’environnement dans toutes les politiques publiques (traité sur le fonctionnement de l’UE, art 11), du Grenelle de l’Environnement et des défis environnementaux majeurs auxquels aura à faire face ce siècle ?

Non, nous sommes encore au temps de la cogestion entre le ministère de l’Agriculture et la profession agricole dominante.

C’est cette cogestion qui a amené les agriculteurs français dans le mur en encourageant les pratiques intensives, le surendettement, la réduction des emplois, la désertification des campagnes et l’utilisation massive des pesticides dont les agriculteurs sont les premières victimes.

C’est cette cogestion qui a conduit à une agriculture industrielle destructrice des écosystèmes, allant jusqu’à menacer la qualité de l’eau potable dans certaines régions de France.

C’est cette cogestion qui a conduit à la condamnation de l’Etat par la Cour d’Appel de Rennes dans l’affaire des algues vertes - les magistrats dénonçant “une approche règlementaire négociée avec la profession agricole -,et à la dénonciation par la Cour des Comptes de « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ».

C’est cette cogestion qui prépare de lourdes condamnations de la France par Bruxelles pour non respect de la directive cadre du l’eau ou de la directive nitrates.

Le tout largement financé par les deniers du contribuable. A l’heure où Nicolas Sarkozy prône une « lutte contre les gaspillages », « un usage irréprochable de l’argent public » et demande « à ce qu’un euro public soit un euro utile et légitime », l’Elysée et Matignon auraient dû se féliciter des propositions du MEEDDM qui visent à réorienter l’agriculture française vers une agriculture durable favorisant l’emploi et le maintien du tissu rural.

Pendant ce temps des dizaines de milliers d’agriculteurs français ont fait le choix d’une agriculture durable respectueuse de l’environnement, performante économiquement et socialement. La sagesse vient d’en bas.