L’agriculture n’a pas d’avenir dans un environnement dégradé
Réaction de WWF, FNH, FNCIVAM, FNAB, 4D, RAD, Solidarités aux propos de J.M. Lemétayer.
Nos organisations mettent en cause les propos inquiétants et inacceptables tenus jeudi 1er avril par le Président de la FNSEA. Ce discours s’inscrit dans une remise en cause générale des défis environnementaux par plusieurs responsables agricoles à laquelle nos responsables politiques sont manifestement sensibles, jusqu’à la Présidence de la République.
L’environnement est un atout pour les agriculteurs
Bien conscients de la crise économique et sociale que traverse aujourd’hui le monde agricole, nous rappelons que faire de l’environnement un bouc émissaire serait se tromper de cible et ne pas rendre service aux agriculteurs.
Le Président de la FNSEA s’obstine à opposer défense du revenu et protection de l’environnement. Or de nombreux agriculteurs dégagent aujourd’hui un revenu en faisant de l’environnement un atout et non une contrainte. Il existe en effet des modèles agricoles, pratiqués par des milliers de paysans en France, qui sont bénéfiques pour l’environnement, rentables économiquement et créateurs d’emplois. Il est temps d’en tirer les leçons. Loin d’opposer environnement et revenu, nous proposons au contraire que les agriculteurs soient reconnus et rémunérés pour les services environnementaux qu’ils fournissent à la société toute entière.
A moyen terme, les agriculteurs doivent se préparer à un avenir dans lequel certaines ressources, telles que les énergies fossiles ou encore le phosphore, deviendront rares donc chères. Il s’agit d’anticiper les évolutions attendues. Enfin, à long terme, c’est mettre en danger l’avenir de l’agriculture et de nos sociétés que de baisser les exigences environnementales : l’agriculture dépend en effet entièrement des ressources naturelles (sols, biodiversité, eau…) et du bon fonctionnement des écosystèmes. Elle n’a donc pas d’avenir économique dans un environnement dégradé.
Le Commissaire européen à l’agriculture et au développement rural, Dacian Ciolos, a lui-même déclaré récemment que « l’environnement est le meilleur argument en faveur de la PAC », allant ainsi à l’encontre des discours tenus en France. En effet, la PAC est confrontée à une profonde crise de légitimité tant sociale qu’environnementale.
Le modèle agricole actuel n’est plus légitime et coûte très cher à la société
Lorsque M. Lemétayer égraine le coût pour les agriculteurs des contraintes environnementales, il oublie de préciser le coût pour la société du modèle agricole industriel qu’il défend et notamment la responsabilité des pollutions agricoles dans la dégradation de la qualité de l’eau en France.
Nous rappelons que ce sont les consommateurs, via leur facture d’eau, qui paient le plus lourd tribut. Leur redevance représentant 90% des ressources des agences de l’eau. Et c’est sans compter ce que coûtera au contribuable les possibles condamnations de la France pour non respect des directives européennes sur l’eau.
Le dernier rapport de la Cour des Comptes* est sans appel : les pollutions liées aux nitrates et aux phytosanitaires sont le résultat de « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ». Il préconise de « durcir l’encadrement réglementaire des pratiques agricoles » et de mettre les redevances liées aux pollutions agricoles, qu’il juge non dissuasives, « plus en rapport avec le coût de la dépollution ». Cliquez pour lire la suite »
