19
juillet
2012

La Commission européenne a adopté aujourd’hui une proposition de règlement définissant les règles de gestion de la pêche en eaux profondes.

Visant notamment la suppression progressive du chalutage des grands fonds, la proposition de la commissaire à la pêche Maria Damanaki avait déjà été bloquée le 12 juillet dernier par le commissaire français Michel Barnier en charge du marché intérieur. Prétextant un délai nécessaire à l’analyse des conséquences socio-économiques d’une telle décision, l’ancien ministre de la pêche souhaitait ainsi pouvoir empêcher cette interdiction. Frédéric Cuvillier, Ministre délégué à la Pêche, jugeait même qu’une telle mesure « ne serait pas acceptable » dans un communiqué du 17 juillet du Ministère de l’Ecologie. « Quand on sait que le chalutage profond est l’une des pratiques de pêche les plus destructrices et qu’elle impacte des écosystèmes et ressources à cycle de vie très lent, que faut-il juger d’inacceptable : interdire une telle pratique ou la défendre au nom des seuls intérêts privés de trois armements industriels ? » s’interroge Isabelle Autissier, présidente du WWF-France.

Cette position reflète hélas l’attitude récurrente de la France en matière de pêche : la défense de l’intérêt de quelques uns au détriment de la majorité et du bien commun. Le nouveau gouvernement il avait déjà défendu une position contrariante sur les orientations de la Politique Commune de la Pêche lors du Conseil des ministres européens du 12 juin dernier. Malgré « le changement », et semblant ignorer que 80% de la pêche française est une pêche artisanale, le gouvernement continue de protéger les intérêts d’une toute petite minorité : la pêche profonde ne représente que 1% des captures européennes.

« A l’heure où le Président de la République veut organiser une Conférence environnementale dont l’un des thèmes principaux sera la « biodiversité », comment comprendre cette position anti-écologique émanant du Ministère de l’Ecologie lui-même, désormais en charge de la pêche ? C’est inacceptable. Nous appelons la ministre de l’Ecologie à reprendre la question de la pêche en main et à être à la hauteur de cet enjeu écologique majeur qu’est l’avenir de nos océans »,  demande Isabelle Autissier.

1
décembre
2010

L’ICCAT : des décisions décevantes et un manque de transparence

Les parties prenantes ont fixé un Total Admissible de Captures (TAC) de 12 900 tonnes pour 2011, soit une baisse de 600 tonnes par rapport à 2010, bien loin du maximum de 6 000 tonnes recommandé par les propres scientifiques de l’ICCAT.

Aucune mesure concernant la protection des zones de reproduction n’a été adoptée malgré de nouveaux éléments scientifiques allant dans ce sens et les prises de position de certains Etats et des ONG environnementales.

Malgré des éléments positifs sur le renforcement des contrôles, les problèmes concernant les transferts de poissons vivants n’ont pas été pris en compte et la pêche industrielle à la senne va perdurer bien que cette filière soit incontrôlable.

Une fois de plus la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT) n’a pas rempli son rôle. « Il est incroyable que cette instance continue à céder aux intérêts à court terme de certains sans se soucier réellement de la pérennité du stock ni de l’avenir de la pêche artisanale », s’indigne Isabelle Autissier, présidente du WWF-France.

« L’ICCAT n’est en rien une instance démocratique. Alors que cette commission est en charge de la gestion d’une ressource commune, les décisions se prennent derrière des portes closes entre diplomates n’ayant pour objectifs que de préserver des intérêts nationaux » déclare Charles Braine, Responsable du programme pêche durable au WWF-France.

« Quel sort funeste réserve-t-on au thon rouge en cette année internationale de la biodiversité ? », s’interroge Serge Orru, Directeur général du WWF-France.

A l’instar de la Norvège, le WWF estime que l’ICCAT doit accroître considérablement sa transparence et son ambition afin de devenir réellement une commission de « conservation » d’espèces marines.

La France perd sur tous les fronts : en ne voulant pas donner l’exemple, elle se tire une balle dans le pied car elle sera la seule à avoir un quota drastiquement réduit en 2011.

En octobre, la France avait pris la tête d’une fronde contre la commissaire européenne, Mme Damanaki, qui avait proposé un TAC de 6000 tonnes, seul montant permettant de respecter le principe de précaution et la directive cadre « Stratégie pour le milieu marin ». Un TAC de 12 900t peut donc sembler être une victoire pour le gouvernement français.

Mais la France, ayant pêché le double de son quota en 2007, a une dette en thons rouges qui s’élève à 1510t pour 2011 et 2012 et qui seront soustraites de son quota, ce qui ne laisse qu’environ 900 tonnes à pêcher pour la France.

« Si Bruno Le Maire est réellement soucieux des emplois, il doit absolument donner la priorité à la pêche artisanale ! Contrairement à ce qu’il a fait en 2009 et 2010 quand il a imputé ce remboursement aussi aux petits métiers alors que, eux, n’avaient pas triché ! », demande Charles Braine, Chargé de programme pêche durable au WWF-France.

A l’ICCAT, la France aura tout fait pour obtenir un rééchelonnement de cette dette.

Alors que la délégation européenne n’avait aucun mandat pour renégocier la dette française en thon rouge, la diplomatie parallèle française a agi dans les coursives pour tenter d’échapper à sa peine. Le hasard et la francophonie faisant bien les choses, le Maroc est venu au secours de la France en proposant un amendement visant à étaler les remboursements. Heureusement, la Norvège a bloqué ce processus, soutenue, ironie de l’histoire, par l’Union Européenne qui a souligné le caractère laxiste de cette proposition…

Dans un entretien au journal Libération mercredi dernier, Bruno Le Maire déclarait  « vouloir systématiquement donner l’exemple, c’est se tirer une balle dans le pied ». « Pour le thon rouge, la France n’aura non seulement pas donné l’exemple mais se sera en plus tiré une balle dans le pied : elle sera la seule à avoir un quota drastiquement réduit en 2011 », constate Isabelle Laudon, Responsable des politiques européennes au WWF-France.

11
novembre
2010

De nouvelles données examinées par le WWF et Greenpeace révèlent que la saison de pêche 2010 du thon rouge a connu de nombreux cas de non respect des règles ainsi que de nombreuses irrégularités dans les documents de traçabilité des poissons.

Les données, mises à la disposition des pays membres de l’ICCAT, figurent dans les rapports issus de la campagne de contrôle et d’observation internationale mise en place par cette instance. Les observateurs de l’ICCAT ont été présents sur les thoniers senneurs et dans les fermes d’engraissement de Méditerranée tout au long de la saison de pêche 2010.

Un cas concret montre comment de fausses déclarations ont permis à 18 tonnes de thon rouge d’un navire turc d’échapper complètement au système de documentation de l’ICCAT. Dans un autre cas, les observateurs ont signalé que les cages devant accueillir une nouvelle prise n’étaient pas vides avant le transfert ; les patrons pêcheurs leur affirmant que cette pratique était mise au point pour attirer les nouveaux thons rouges… Après une telle opération, la traçabilité des poissons aura bien du mal à être garantie.

De plus, sur les 23 observateurs de l’ICCAT placés à bord des senneurs espagnols et français, 15 ont déclaré avoir rencontré des difficultés à estimer la quantité de thon rouge lors du transfert dans les cages, dans la plupart des cas en reconnaissant que c’était « tout simplement impossible ». Ils ont donc dû croire et accepter l’estimation annoncée par le capitaine du navire ou par les plongeurs du navire remorqueur. Sur les 8 observateurs qui n’ont pas déclaré de tels problèmes, 3 étaient à bord de navires qui n’ont déclaré aucune capture.

Les irrégularités concernent la quasi-totalité des flottes méditerranéennes, notamment celle de la France, seul Etat à ce jour à avoir admis un dépassement de quota pour l’année 2007.

Monsieur Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture et de la pêche déclarait lundi que « dès sa prise de fonction, en 2007, Michel Barnier a fait cesser les pratiques antérieures et fait strictement respecter la réglementation ». Ces propos sont contredits par l’analyse des rapports d’inspection qui démontre clairement que les pêcheurs industriels de thon rouge continuent d’estimer et de déclarer leurs captures sans un contrôle indépendant et efficace des autorités compétentes.

« Ces nouveaux éléments nous prouvent, qu’à l’inverse de ce qu’a affirmé Bruno Le Maire, la pêcherie industrielle du thon rouge est toujours hors de contrôle en Méditerranée ! Ce qui appelle à la plus grande prudence comme l’ont demandée les scientifiques de l’ICCAT. Les pays membres de cette commission doivent donc fixer un quota maximal de 6000 tonnes pour 2011 qui devrait être intégralement donné aux pêcheries artisanales.» a déclaré Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.

La réunion annuelle de l’ICCAT s’ouvre mercredi prochain à Paris.

L’analyse complète du WWF et Greenpeace :

http://assets.panda.org/downloads/wwf___official_data_reveal_extent_of_tuna_fiasco.pdf

Le détail des données fournies par l’ICCAT apporte de solides preuves :

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28
octobre
2010

27/10/10- Lors du conseil des ministres européens aujourd’hui, la France a pris la tête d’une fronde contre la Commissaire européenne à la pêche Maria Damanaki.

Cette dernière, pour remplir les engagements pris par l’Union Européenne et suivant les recommandations scientifiques, souhaite que le Total Admissible de Capture (TAC) de thon rouge soit divisé par deux pour l’année prochaine, ne dépassant pas les 6000 tonnes alors que Bruno Le Maire, ministre français de la pêche, a plaidé pour un status quo, soit le maintien d’un TAC à 13 500 tonnes pour 2011.

« Bruno Le Maire assène des contre-vérités afin de maintenir les intérêts de quelques-uns. Il prétend que 500 emplois de pêcheurs sont en jeu, alors que la baisse du quota à 6000 tonnes, ne toucherait que la pêche industrielle à la senne, soit 17 bateaux pêchant un mois par an. Contrairement à la pêche artisanale, cette pêche génère peu d’emplois à bord comme à terre – les thons étant vendus directement à des fermes d’engraissement étrangères – alors qu’elle capture l’immense majorité du quota français.» s’insurge Charles Braine, Responsable du programme Pêche Durable au WWF-France.

« La France a fait volte-face. En février dernier, elle considérait l’espèce en danger au point de prétendre vouloir en interdire le commerce international et aujourd’hui, pour des raisons visiblement électorales, elle mène la fronde contre la proposition équilibrée de la commission européenne. Rappelons-nous le temps où le Président de la République se posait en défenseur de l’espèce ! Tous les regards sont pourtant tournés vers la France où s’ouvre dans 3 semaines la prochaine réunion de l’ICCAT. C’est un bien triste message qu’envoie notre pays, qui possède le deuxième domaine maritime mondial, à l’heure où 80% des espèces pêchées sont surexploitées ou en passe de l’être. » s’inquiète Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.

La position de l’UE n’ayant pas encore été arrêtée, le WWF appelle le Président Sarkozy à respecter son engagement prononcé en clôture du Grenelle de l’Environnement selon lequel « la France sera, dorénavant, à la tête de la politique environnementale européenne, avec la Commission et le Parlement européens qui sont le moteur de cette politique. Toutes les initiatives de la Commission pour accroître les normes, nous les soutiendrons ».
Le cas du thon rouge est l’occasion parfaite pour la France de montrer si elle est à la tête ou à la traîne de la politique environnementale européenne.

18
mars
2010

Les Etats membres de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ont choisi - sur proposition insistante de la Libye - de voter aujourd’hui sur la proposition d’inscription du thon rouge à l’Annexe I.

> L’opposition de principe d’inscrire une espèce marine à haute valeur commerciale à la CITES

Beaucoup d’Etats se sont opposés par principe à ce qu’une espèce marine à haute valeur commerciale soit inscrite à la CITES estimant que la gestion durable de ces espèces relèvent des organisations régionales de gestion des pêches. Pour le thon rouge, il s’agit de la Commission Internationale pour la Conservation des thonidés de l’Atlantique (ICCAT).

C’est justement parce que l’ICCAT a failli dans sa mission depuis 40 ans, amenant le stock au bord de l’épuisement, que Monaco a décidé de proposer son inscription à la CITES.

« Malgré des rapports scientifiques accablants, les échecs répétés de l’ICCAT et un ralliement progressif d’un grand nombre d’Etats, la communauté internationale a décidé de sacrifier le thon rouge sur l’autel des intérêts économiques à court terme, sans même prendre le temps d’un véritable débat » s’insurge Charles Braine, responsable du programme Pêche durable au WWF-France.

> Les tergiversations européennes : 6 mois de perdu pour arriver à une position ambiguë Cliquez pour lire la suite »

12
mars
2010

Après avoir pris connaissance du texte précis de l’accord européen conclu mercredi soir à Bruxelles, et l’avoir fait analyser par les meilleurs spécialistes, le WWF-France est sceptique sur la volonté européenne d’interdire réellement le commerce international du thon rouge. En effet, une clause ajoutée à la demande des Etats méditerranéens jette le doute sur la possibilité d’une entrée en vigueur avant la prochaine réunion des Parties de la CITES* dans 3 ans. « Le diable se cache toujours dans les détails et après une lecture approfondie du document, on peut se demander sincèrement si les pays qui ont introduit cette clause veulent vraiment une interdiction du commerce international de l’espèce »  déclare Charles Braine, responsable du Programme pêche durable au WWF-France.

> Une clause suspensive qui change tout en terme de délais d’entrée en vigueur.

En effet, les pays méditerranéens ont obtenu un délai pour l’entrée en vigueur de la décision, prévue dans l’accord européen pour mai 2011. Mais cette date peut, par une procédure suspensive non prévue par la Convention, être facilement repoussée jusqu’à la prochaine conférence des parties. Ainsi le thon rouge serait bien inscrit à l’Annexe I… mais l’interdiction du commerce international pourrait ne pas entrer en vigueur dans les 3 prochaines années !

Cette clause vise à tenir compte des résultats de la prochaine réunion de l’ICCAT** à l’automne 2010. Le texte de la CITES permet cette prise en compte par une procédure de déclassement avant la prochaine réunion des Parties, mais il ne prévoit en aucun cas la possibilité de suspendre l’entrée en vigueur d’une décision. Là est tout le problème.

> Une clause suspensive qui risque de faire capoter l’inscription du thon rouge à l’Annexe 1.

De l’avis de beaucoup d’observateurs internationaux et de fins connaisseurs du fonctionnement de la CITES, la proposition d’interdiction du commerce international du thon rouge n’a pas la moindre chance d’obtenir l’approbation des 2/3 des 175 Etats présents si elle contient la fameuse clause suspensive européenne.

La délégation européenne va donc se retrouver dès demain, à l’ouverture de la Conférence à Doha, avec un mandat étroit et n’aura que peu de marge de manœuvre pour trouver une position commune avec Monaco, les Etats-Unis et les autres défenseurs de l’inscription du thon rouge - opposés à la clause européenne.

Le WWF-France appelle donc les Etats méditerranéens, et la France au premier chef, a libérer le mandat européen de cette clause afin d’éviter un nouvel échec environnemental au niveau international.

« Alors que la Colombie, le Costa Rica et la Suisse viennent de se rallier à la proposition de Monaco, l’Europe ne peut pas se permettre d’être responsable d’un échec à Doha après les annonces successives de la France, du Parlement Européen et de la Commission Européenne de soutenir l’inscription du thon rouge à l’Annexe I de la CITES » ajoute Charles Braine.

4
mars
2010

Les négociations suivent leur cours à Bruxelles en vue d’établir la position européenne sur la proposition d’inscription du thon rouge à l’Annexe I à la prochaine conférence des parties de la CITES* à Doha, Qatar, du 13 au 25 mars prochain.

Après les prises de position officielles de la France, du Parlement européen et de la Commission européenne, le dernier mot revient au Conseil des ministres européens. Mais dans les coulisses, la situation semble être bloquée.

En effet, plusieurs propositions sont sur la table. La proposition de la Commission, très proche de celle de la France, contient une clause de conditionnalité qui prévoit qu’un comité ad hoc statuera sur l’inscription effective ou non du thon rouge d’ici 12 mois au vu d’éventuels nouveaux éléments.

Cette clause constitue le nœud de l’affaire. D’ailleurs, un débat sur sa légalité et sa pertinence politique est engagé et bon nombre d’experts du fonctionnement de la CITES prédisent qu’elle fera échouer le vote si elle est maintenue. En effet, beaucoup d’Etats ne souhaitent pas qu’elle crée un précédent qui pourrait nuire à terme au fonctionnement global de la Convention. Pour cette raison, une majorité d’Etats membres du nord de l’Europe sont opposés à cette alternative.

A Bruxelles, les autres propositions sont plus proches de la position de Monaco, c’est-à-dire une inscription directe à l’Annexe I avec quelques modalités facilitant une réversibilité du classement si de nouveaux éléments encourageants sont mis à jour. Mais les Etats méditerranéens forment une minorité de blocage empêchant son adoption.

La France occupe, comme toujours sur ce dossier, une position stratégique car elle seule est en mesure de faire basculer la position européenne en assouplissant sa position, et en renonçant désormais à la clause de conditionnalité.

Seul pays méditerranéen à s’être prononcé en faveur de l’Annexe I, la France doit faire un dernier effort au risque de tout perdre. Cliquez pour lire la suite »

3
février
2010

Jean-Louis Borloo a annoncé aujourd’hui que la France soutenait, à certaines conditions, l’inscription du thon rouge à l’Annexe I de la Convention Internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore menacées d’extinction.

Un pas déterminant

Cette annonce constitue une première concrétisation de l’engagement présidentiel du 16 juillet dernier. La France apporte pour la première fois son soutien à la proposition de Monaco d’une inscription de l’espèce en annexe I de la CITES, ce qu’elle s’était refusée à faire en septembre dernier lors d’un vote à Bruxelles. La France est le premier pays méditerranéen de l’Union européenne à se prononcer dans ce sens et à ainsi afficher sa préoccupation pour la sauvegarde de l’espèce. C’est un pas décisif qui devrait débloquer la situation au sein de la Commission européenne et qui entraînera le reste de l’Europe. C’est essentiel pour l’emporter lors de la prochaine réunion de la CITES à Doha, en mars prochain.

Maintenant que la France a ouvert la voie, notre inquiétude réside principalement dans la façon dont l’Espagne, qui assure la présidence tournante du Conseil, mais qui est farouchement opposée à une inscription à l’annexe I, va agir. Nous appelons la France à mettre dès maintenant sa machine diplomatique en marche pour qu’une inscription en annexe I soit adoptée à Doha.

Nous espérons que cette décision annonce un tournant dans la gestion de la pêche en France. La France, qui dispose du deuxième domaine public maritime mondial, a en effet une lourde responsabilité dans la protection de la biodiversité marine que seules une approche écosystémique et une gestion durable des ressources halieutique pourront protéger.

Une condition incohérente

Néanmoins cette annonce est assortie d’un délai d’application de 18 mois et d’une condition suspensive que nous regrettons vivement. Cette condition ne s’explique pas scientifiquement car il n’y a strictement rien à attendre, selon les propres dires des scientifiques, de la prochaine étude de l’ICCAT*. Elle ne s’explique pas non plus économiquement car les senneurs français devront rester à quai en 2011 car ils n’auront pas de quotas de pêche en raison des pénalités liées au dépassement des quotas de 2007. Elle est purement politique et vise à laisser un dernier faux-espoir à la vingtaine de thoniers senneurs concernés ainsi qu’à calmer les esprits avant les élections. Or la pêche industrielle, celle qui a conduit au quasi effondrement de l’espèce doit définitivement cesser afin de permettre à une vraie pêche artisanale durable de se redévelopper.

Cette condition est incohérente car elle est dangereuse pour l’espèce, au bord de l’effondrement. Elle induit aussi un risque accrû de pêche illégale. Si cette condition était maintenue, nous demandons que des moyens supplémentaires soient mis en œuvre pour renforcer le contrôle du respect des quotas de pêche. Enfin, nous sommes sceptiques sur la faisabilité technique de cette condition et demandons à la France de la retirer.

Nous regrettons que les efforts du ministère de l’Ecologie aient été mis à mal par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche qui a défendu dans cette affaire les intérêts catégoriels d’une poignée de thoniers senneurs largement financés sur fonds publics et dont les pratiques sont dévastatrices pour l’espèce. Le Président de la République n’a pas arbitré en faveur de la décision la plus claire et courageuse.

3
février
2010

Nous saluons, dans la décision du gouvernement français sur le thon rouge, l’annonce de la création d’une Zone Economique Exclusive, que nous avions appelée de nos voeux. Cette zone va permettre à ceux qui y pêchent, essentiellement la pêche artisanale, de pouvoir continuer à vendre leurs thons rouges sur le marché communautaire. Cette pêche à l’hameçon n’est pas celle qui nuit à l’espèce. En 2009, il lui avait été attribué moins de 300 tonnes de quotas de pêche quand les thoniers senneurs en recevaient 3000 tonnes. C’est la pêche industrielle, tournée vers le marché japonais, qui a détruit la ressource. L’interdiction de son commerce international y mettrait un coup d’arrêt définitif.

Il est grand temps que les pouvoirs publics, français et européens, fassent la différence entre la pêche industrielle destructrice et la pêche artisanale qui représente 80% des embarcations en France et en Europe. Les responsables politiques portent une lourde responsabilité dans l’effondrement de l’espèce car ils ont favorisé par les subventions publiques la surcapacité de pêche et le développement de la pêche industrielle. Nous demandons à ce que tout financement public qui aurait pour conséquence le soutien de la pêche industrielle cesse.

Nous appelons en revanche au soutien de la pêche artisanale. Cette pêche ancestrale, pratiquée de façon durable et correctement gérée, peut permettre de créer des emplois nouveaux, de recréer une filière française pour alimenter un marché intérieur, au lieu d’enrichir quelques armateurs millionnaires par l’exportation de poissons qui ne touchent même pas notre sol.

Le WWF est prêt à accompagner les petits métiers, à tester avec eux des techniques de pêche durable, comme il l’a fait en Guyane avec la pêche crevettière au chalut, ainsi qu’à expérimenter une nouvelle gouvernance de la pêche, comme il le fait avec les pêcheurs du Var. C’est cette pêche là qui doit être enfin reconnue, encouragée et soutenue.

6
janvier
2010

Ce jeudi, la France va décider si elle soutient ou non une inscription du thon rouge à l’annexe I de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), en vue de l’interdiction du commerce international de cette espèce, seule possibilité aujourd’hui pour – peut-être – sauver le thon rouge de Méditerranée de l’effondrement.

La position déterminante de la France : cette décision sera déterminante. En effet, si la France soutient cette inscription, elle fera basculer l’Europe, et sans le soutien de l’Europe il y a peu de chance que le thon rouge soit inscrit à l’annexe I en mars prochain.

« Le thon rouge, ce n’est pas Copenhague. Là, il n’y a pas de sénat américain, de croissance chinoise ou de puissants intérêts pétroliers. La décision relève uniquement du Président de la République et du Premier ministre. Uniquement. » affirme François Chartier, chargé de la campagne Océan de Greenpeace France.

Malgré l’engagement du Président Sarkozy, le gouvernement tergiverse

Le Président de la République s’est engagé en juillet dernier, dans son discours du Havre, à apporter le « soutien de la France à l’inscription du thon rouge à l’annexe de la convention internationale sur les espèces sauvages, pour en interdire le commerce ». Depuis, la France a fait marche arrière et n’a pas soutenu, le 21 septembre dernier, la proposition de la Commission européenne qui était que l’UE se joigne à la demande de Monaco d’un classement en annexe I. La France préfèrerait un classement en annexe II (avec un quota zéro d’exportation), ce qui est proprement incompréhensible :

  • le dernier rapport des scientifiques de l’ICCAT (Commission Internationale pour la Conservation des thonidés de l’Atlantique) montre qu’il y a entre 89 et 96% de probabilité que l’espèce remplisse les critères d’éligibilité à l’annexe I : un niveau de population inférieur à 15% à celui d’avant la pêche industrielle. Ce constat a été confirmé en décembre par la très grande majorité des membres du Comité consultatif de la FAO. Nous ne sommes donc même pas dans un contexte d’incertitude scientifique : les experts de ces deux instances internationales, par nature très réticentes à un classement CITES, reconnaissent que le thon rouge remplit bien les conditions d’une inscription en annexe I.

  • un classement Annexe II (quotas zéro d’exportation) est très aventureux juridiquement : en application de l’article 14.4 de la CITES et d’un règlement européen, les pays de l’UE pourraient être tenus par le classement, tandis que les pays non UE pourraient y échapper. On ne voit pas la France prendre un tel risque économique et politique !

  • sur un plan économique, soit la France soutient l’inscription à l’annexe I, et tous les pays pêcheurs seront logés à la même enseigne, soit la France ne soutient pas cette inscription et, en 2011, avec la baisse des quotas et pénalisée en raison du dépassement des quotas 2007, sa flotte ne pourra plus pêcher pendant que les autres flottes pêcheront sous son nez les derniers thons rouges de Méditerranée. Et une fois l’espèce effondrée, il y a peu de chances qu’une activité de pêche artisanale puisse reprendre à moyen terme. C’est ce qu’il s’est passé pour la morue de Terre-Neuve, l’a-t-on déjà oublié ?

Tandis qu’une inscription à l’annexe I permettrait au stock de thon rouge de se reconstituer et d’envisager une reprise de la petite pêche côtière.

Société civile et acteurs économiques montrent la voie

Les acteurs économiques sont de plus en plus nombreux à cesser de commercialiser le thon rouge : Auchan, Casino, Carrefour et, depuis le 1er janvier, Relais et Châteaux, suivis par plus de 450 grands chefs de réputation internationale.

Alors Monsieur le Président, serez-vous avec les grands chefs français et les grands groupes français de la distribution ?

Quels sont les vrais enjeux ? La sauvegarde du thon rouge ou les intérêts économiques à court terme et les intrigues politiques locales ?

«  Sauver in extremis un géant des mers avec lequel l’homme entretient une relation de pêche
5 fois millénaire, et garder la possibilité d’ici quelques années de réouvrir une pêche durable pour nos pêcheurs artisans ? Ou ne pas se mettre à dos la pêche industrielle, une vingtaine de thoniers senneurs, avant les élections régionales et accompagner l’effondrement de l’espèce ?

Où est le véritable courage politique ? » s’interrogent les deux ONG.

Le contribuable a financé la destruction de l’espèce

« Ces grands thoniers ont déjà été financés pour moitié par le contribuable européen lors de leur construction, ce qui a contribué à la surexploitation de l’espèce. Ils bénéficient aujourd’hui de plan de sortie de flotte, précisément parce que l’espèce a été surexploitée, ce qui paie quasiment l’autre moitié. Il y a de quoi sérieusement s’indigner de l’usage qui est fait des deniers du contribuable. De plus, ces thoniers savent le thon rouge et donc leur activité condamnés et investissent déjà ailleurs. Ils s’en sortiront, le thon rouge et la petite pêche côtière, non », indique Charles Braine, chargé du programme Pêche durable du WWF-France.

La France « à la tête » ou à la traîne de la politique environnementale européenne ?

Dans son discours de clôture du Grenelle de la mer, le Président de la République annonçait : « la France sera, dorénavant, à la tête de la politique environnementale européenne, avec la Commission et le Parlement européens qui sont le moteur de cette politique. Toutes les initiatives de la Commission pour accroître les normes, nous les soutiendrons. »

Le cas du thon rouge est l’occasion parfaite pour la France d’enfin mettre en œuvre l’engagement présidentiel ; et de montrer, sur une question simple, si elle est à la tête ou à la traîne de la politique environnementale européenne.

La lourde responsabilité du quinquennat présidentiel

Les projections scientifiques annoncent un effondrement de l’espèce aux alentours de 2012. C’est donc bien le président Sarkozy et le gouvernement Fillon qui auront eu les dernières chances de sauver l’espèce. Cette chance s’appelle : CITES Annexe I.

Demain, au regard de l’histoire, ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas.

Alors le thon rouge, tâche noire ou point vert sur le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy ? Le WWF et Greenpeace espèrent un point vert.