19
novembre
2010

La Commission européenne a présenté hier ses grandes orientations pour la réforme de la Politique agricole commune. Le WWF-France accueille positivement ces orientations qui préfigurent une PAC plus verte et plus juste.

La France contredite par Bruxelles

La Commission propose d’accroître les exigences environnementales qui conditionnent les paiements directs en rendant obligatoires la rotation des cultures, les couverts végétaux, la jachère environnementale et les prairies permanentes. Le contraste avec l’action du gouvernement français est flagrant puisque, dans les deux dernières années, il a fait marche arrière sur la mise en œuvre de ces trois dernières mesures.

« La Commission européenne prend à revers la position franco-allemande - qui avait relégué au rang d’option le développement durable -  ainsi que le ‘moratoire sur les obligations environnementales’ annoncées fin août par Nicolas Sarkozy. Le gouvernement français doit sortir de sa crispation qui ne prépare pas les agriculteurs français à leur avenir car il y aura plus d’environnement dans la future PAC », demande Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.

La directive-cadre sur l’eau enfin prise en compte

La Commission propose aussi d’intégrer la Directive Cadre sur l’Eau dans les obligations que devront respecter les agriculteurs pour recevoir une aide. « La France, on le sait, n’atteindra pas les objectifs de la directive cadre sur l’eau même en 2027. Et des Français ne peuvent pas boire l’eau du robinet à cause de sa contamination par les nitrates et les pesticides. Cette disposition est essentielle et nous demandons au gouvernement français de la soutenir activement » déclare Serge Orru, Directeur Général du WWF-France.

Un risque de « green washing » évident

Les orientations, très générales, présentées hier demandent cependant à être confirmées. « Le risque d’un verdissement trompeur est réel. Le WWF a posé trois conditions pour soutenir la proposition de la Commission européenne : des exigences environnementales nettement renforcées, un soutien accru aux mesures agro-environnementales et une allocation budgétaire substantielle à la nouvelle ‘composante écologique’ qui doit représenter plus de 50% du paiement unique. Sinon il n’y a pas de raison qu’autant d’argent public soit investi dans une politique agricole qui a des dommages collatéraux environnementaux importants », prévient Isabelle Laudon, Responsable des Politiques européennes au WWF-France.

La position franco-allemande remise en cause

Le WWF soutient le Commissaire Ciolos dans sa volonté d’une PAC plus écologique. « Cette volonté sera de toute évidence contrée par la France qui ne peut pas annoncer à Paris une pause environnementale et défendre à Bruxelles une PAC plus écologique.  Nous appelons le gouvernement français à se défaire de la position franco-allemande, fondée sur le statu-quo, et à aller vers une redéfinition des critères de l’octroi des aides telle que proposée par le commissaire Ciolos. On se demande d’ailleurs s’il y a toujours une position franco-allemande, les deux pays ayant réagi de manière diamétralement opposée à la communication de la Commission européenne », ajoute Isabelle Autissier.

11
novembre
2010

De nouvelles données examinées par le WWF et Greenpeace révèlent que la saison de pêche 2010 du thon rouge a connu de nombreux cas de non respect des règles ainsi que de nombreuses irrégularités dans les documents de traçabilité des poissons.

Les données, mises à la disposition des pays membres de l’ICCAT, figurent dans les rapports issus de la campagne de contrôle et d’observation internationale mise en place par cette instance. Les observateurs de l’ICCAT ont été présents sur les thoniers senneurs et dans les fermes d’engraissement de Méditerranée tout au long de la saison de pêche 2010.

Un cas concret montre comment de fausses déclarations ont permis à 18 tonnes de thon rouge d’un navire turc d’échapper complètement au système de documentation de l’ICCAT. Dans un autre cas, les observateurs ont signalé que les cages devant accueillir une nouvelle prise n’étaient pas vides avant le transfert ; les patrons pêcheurs leur affirmant que cette pratique était mise au point pour attirer les nouveaux thons rouges… Après une telle opération, la traçabilité des poissons aura bien du mal à être garantie.

De plus, sur les 23 observateurs de l’ICCAT placés à bord des senneurs espagnols et français, 15 ont déclaré avoir rencontré des difficultés à estimer la quantité de thon rouge lors du transfert dans les cages, dans la plupart des cas en reconnaissant que c’était « tout simplement impossible ». Ils ont donc dû croire et accepter l’estimation annoncée par le capitaine du navire ou par les plongeurs du navire remorqueur. Sur les 8 observateurs qui n’ont pas déclaré de tels problèmes, 3 étaient à bord de navires qui n’ont déclaré aucune capture.

Les irrégularités concernent la quasi-totalité des flottes méditerranéennes, notamment celle de la France, seul Etat à ce jour à avoir admis un dépassement de quota pour l’année 2007.

Monsieur Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture et de la pêche déclarait lundi que « dès sa prise de fonction, en 2007, Michel Barnier a fait cesser les pratiques antérieures et fait strictement respecter la réglementation ». Ces propos sont contredits par l’analyse des rapports d’inspection qui démontre clairement que les pêcheurs industriels de thon rouge continuent d’estimer et de déclarer leurs captures sans un contrôle indépendant et efficace des autorités compétentes.

« Ces nouveaux éléments nous prouvent, qu’à l’inverse de ce qu’a affirmé Bruno Le Maire, la pêcherie industrielle du thon rouge est toujours hors de contrôle en Méditerranée ! Ce qui appelle à la plus grande prudence comme l’ont demandée les scientifiques de l’ICCAT. Les pays membres de cette commission doivent donc fixer un quota maximal de 6000 tonnes pour 2011 qui devrait être intégralement donné aux pêcheries artisanales.» a déclaré Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.

La réunion annuelle de l’ICCAT s’ouvre mercredi prochain à Paris.

L’analyse complète du WWF et Greenpeace :

http://assets.panda.org/downloads/wwf___official_data_reveal_extent_of_tuna_fiasco.pdf

Le détail des données fournies par l’ICCAT apporte de solides preuves :

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5
novembre
2010

Le 18 octobre dernier, par un courrier co-signé par Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno, le ministère de l’écologie diffusait ses propositions pour une PAC durable après 2013, apportant ainsi sa contribution au débat. Face aux pressions, elles ont été retirées hier du site du ministère.

On se frotte les yeux pour y croire : sommes-nous bien en France ?

Rappelons que l’agriculture concerne 60% du territoire français et que l’agriculture industrielle a des impacts majeurs sur les écosystèmes. On connaît la situation catastrophique de l’eau en France, largement contaminée par les nitrates et pesticides. Or le ministère de l’écologie a précisément pour mission la protection de ces écosystèmes. Il est donc bien normal qu’il apporte sa contribution et c’est au contraire son silence qui aurait été condamnable.

Sommes-nous bien à l’heure de l’intégration de l’environnement dans toutes les politiques publiques (traité sur le fonctionnement de l’UE, art 11), du Grenelle de l’Environnement et des défis environnementaux majeurs auxquels aura à faire face ce siècle ?

Non, nous sommes encore au temps de la cogestion entre le ministère de l’Agriculture et la profession agricole dominante.

C’est cette cogestion qui a amené les agriculteurs français dans le mur en encourageant les pratiques intensives, le surendettement, la réduction des emplois, la désertification des campagnes et l’utilisation massive des pesticides dont les agriculteurs sont les premières victimes.

C’est cette cogestion qui a conduit à une agriculture industrielle destructrice des écosystèmes, allant jusqu’à menacer la qualité de l’eau potable dans certaines régions de France.

C’est cette cogestion qui a conduit à la condamnation de l’Etat par la Cour d’Appel de Rennes dans l’affaire des algues vertes - les magistrats dénonçant “une approche règlementaire négociée avec la profession agricole -,et à la dénonciation par la Cour des Comptes de « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ».

C’est cette cogestion qui prépare de lourdes condamnations de la France par Bruxelles pour non respect de la directive cadre du l’eau ou de la directive nitrates.

Le tout largement financé par les deniers du contribuable. A l’heure où Nicolas Sarkozy prône une « lutte contre les gaspillages », « un usage irréprochable de l’argent public » et demande « à ce qu’un euro public soit un euro utile et légitime », l’Elysée et Matignon auraient dû se féliciter des propositions du MEEDDM qui visent à réorienter l’agriculture française vers une agriculture durable favorisant l’emploi et le maintien du tissu rural.

Pendant ce temps des dizaines de milliers d’agriculteurs français ont fait le choix d’une agriculture durable respectueuse de l’environnement, performante économiquement et socialement. La sagesse vient d’en bas.

5
novembre
2010

Communiqué de presse de : WWF, FNH, LPO, FNE, FNAB, FNCIVAM, RAD, 4D, CLCV Paris

Par un courrier cosigné par Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno, le Ministère du Développement Durable (MEEDDM) vient de faire part de ses propositions pour une politique agricole commune (PAC) durable à partir de 2013, en en présentant les principes, architecture et éléments financiers. Il se prononce pour le maintien d’une PAC forte, dès lors qu’elle contribuera à la mise en place d’une agriculture durable à l’échelle européenne.

Les organisations signataires saluent ces propositions qui posent les bases d’une PAC renouvelée et re-légitimée mais dénoncent que, suite au communiqué de presse de la FNSEA, les propositions aient été retirées du site Internet du MEEDDM et regrettent fortement cette disparition qui nuit à la publicité d’un document nécessaire à l’information du public.

Une position garante des engagements français souscrits dans le cadre des conventions environnementales

La dégradation des écosystèmes causée par l’agriculture industrielle n’offre pas d’autres choix, aujourd’hui, que de réorienter les fonds publics de la PAC vers une agriculture capable de répondre aux engagements européens et nationaux en matière de lutte contre le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou la dégradation de la ressource en eau. Ces objectifs ont été consacrés au plus haut niveau puisque le Traité et la Charte des droits fondamentaux de l’UE commandent l’intégration de l’environnement dans toutes les politiques européennes et la PAC, avec 40% du budget européen, est la première concernée. Ils sont en accord avec les demandes exprimées par les consommateurs et les citoyens européens.

C’est dans ces objectifs que s’inscrit la proposition du ministère français de l’écologie, ce qui a suscité de vives réactions. L’agriculture concernant 60% du territoire français, c’est le silence de ce ministère qui aurait été surprenant. Il est urgent de sortir de la cogestion entre le Ministère de l’Agriculture et les organisations agricoles dominantes et d’y substituer une gouvernance élargie telle qu’elle fut pratiquée dans le Grenelle de l’environnement. C’est notamment ainsi que pourront être prises en compte les recommandations de la Cour des Comptes qui a dénoncé à plusieurs reprises, à propos de la contamination de l’eau par les nitrates et les pesticides, « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ».

Les organisations signataires invitent donc le gouvernement à créer un groupe de travail interministériel sur la PAC pour préparer la position française dans les prochaines négociations européennes.

5
novembre
2010

Pour une PAC plus environnementale et sociale

Communiqué de presse de : WWF, FNH, LPO, FNE, FNAB, FNCIVAM, RAD, 4D, CLCV Paris soulignent l’intérêt des propositions suivantes du MEEDDM:

- mettre en œuvre l’objectif d’une politique agricole et alimentaire plus autonome pour l’Europe et respectueuse de l’autonomie alimentaire des autres pays : « l’Union Européenne n’a pas vocation à nourrir le monde »  mais bien à satisfaire en priorité ses besoins, notamment en matière d’alimentation animale où elle est fortement déficitaire ;
- donner un caractère plus équitable à la politique agricole, en établissant des critères de répartition des aides véritablement sociaux et environnementaux : la fin des références historiques, le renforcement des bonnes pratiques environnementales,  la pondération des aides par l’emploi et la forte rémunération des services environnementaux globaux (Agriculture Biologique, HVE, prairies permanentes..) et territoriaux (zones de handicaps naturels, agriculture à haute valeur naturelle…).

28
octobre
2010

27/10/10- Lors du conseil des ministres européens aujourd’hui, la France a pris la tête d’une fronde contre la Commissaire européenne à la pêche Maria Damanaki.

Cette dernière, pour remplir les engagements pris par l’Union Européenne et suivant les recommandations scientifiques, souhaite que le Total Admissible de Capture (TAC) de thon rouge soit divisé par deux pour l’année prochaine, ne dépassant pas les 6000 tonnes alors que Bruno Le Maire, ministre français de la pêche, a plaidé pour un status quo, soit le maintien d’un TAC à 13 500 tonnes pour 2011.

« Bruno Le Maire assène des contre-vérités afin de maintenir les intérêts de quelques-uns. Il prétend que 500 emplois de pêcheurs sont en jeu, alors que la baisse du quota à 6000 tonnes, ne toucherait que la pêche industrielle à la senne, soit 17 bateaux pêchant un mois par an. Contrairement à la pêche artisanale, cette pêche génère peu d’emplois à bord comme à terre – les thons étant vendus directement à des fermes d’engraissement étrangères – alors qu’elle capture l’immense majorité du quota français.» s’insurge Charles Braine, Responsable du programme Pêche Durable au WWF-France.

« La France a fait volte-face. En février dernier, elle considérait l’espèce en danger au point de prétendre vouloir en interdire le commerce international et aujourd’hui, pour des raisons visiblement électorales, elle mène la fronde contre la proposition équilibrée de la commission européenne. Rappelons-nous le temps où le Président de la République se posait en défenseur de l’espèce ! Tous les regards sont pourtant tournés vers la France où s’ouvre dans 3 semaines la prochaine réunion de l’ICCAT. C’est un bien triste message qu’envoie notre pays, qui possède le deuxième domaine maritime mondial, à l’heure où 80% des espèces pêchées sont surexploitées ou en passe de l’être. » s’inquiète Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.

La position de l’UE n’ayant pas encore été arrêtée, le WWF appelle le Président Sarkozy à respecter son engagement prononcé en clôture du Grenelle de l’Environnement selon lequel « la France sera, dorénavant, à la tête de la politique environnementale européenne, avec la Commission et le Parlement européens qui sont le moteur de cette politique. Toutes les initiatives de la Commission pour accroître les normes, nous les soutiendrons ».
Le cas du thon rouge est l’occasion parfaite pour la France de montrer si elle est à la tête ou à la traîne de la politique environnementale européenne.

5
octobre
2010

05/10/2010 -  Hier, répondant à une question sur les objectifs du Grenelle de l’Environnement dans Ouest France, Bruno Le Maire demandait « une pause en matière de règles environnementales ».
Il reprend en cela l’annonce faite par le président de la République le 28 août dernier à des agriculteurs : « j’ai demandé un moratoire sur les obligations environnementales qui vous sont imposées ».

Cette annonce est un recul du président de la République face aux multiples pressions des forces les plus conservatrices du monde agricole : il répond ainsi positivement à la demande de Jean-Michel Lemétayer du 21 décembre dernier d’une « pause »  dans l’application des mesures agro-environnementales.
Un double discours qui ne prépare pas l’avenir des agriculteurs

« On ne peut que dénoncer un double discours : le président de la République ne peut pas à la fois « croire à une agriculture durable », avoir « l’ambition de mettre la France au premier rang des pays qui construiront une agriculture durable » et en même temps demander un « moratoire » sur les obligations environnementales. C’est ne pas avoir compris que l’environnement peut être un atout pour les agriculteurs comme cela a été démontré par les dizaines de milliers d’agriculteurs qui l’ont mis au cœur de leurs pratiques tout en dégageant un  bon revenu. Avec un tel recul et en considérant l’environnement comme une « contrainte », le président Sarkozy ne sera pas le président de l’agriculture durable », analyse Serge Orru, Directeur général du WWF-France.
« En justifiant cette « pause » par la crise qui frappe le monde agricole, le président de la République et son ministre de l’Agriculture commettent une grave erreur. Est-ce l’obligation d’avoir 1% de particularités topographiques sur une exploitation qui met à mal le revenu des agriculteurs ou bien les coûts de production élevés de l’agriculture intensive qui recourt massivement aux engrais et pesticides ? L’environnement ne doit pas être le bouc-émissaire de la profonde crise structurelle de l’agriculture française.  La crise économique devrait au contraire inciter à accélérer la conversion du modèle agro-industriel français vers des pratiques durables » constate Isabelle Laudon, Responsable des politiques européennes au WWF-France.
Par ce recul, le président de la République et son ministre de l’Agriculture ne préparent pas l’avenir des agriculteurs français : d’abord, l’agriculture n’a pas d’avenir dans un environnement dégradé et les agriculteurs doivent se préparer au monde de l’après-pétrole et de la raréfaction des matières premières, ensuite il n’y a aura pas moins mais plus d’environnement dans la prochaine Politique Agricole Commune.

Des conséquences lourdes pour les agriculteurs, les écosystèmes et le contribuable

« Par ces annonces, le président de la République et son ministre de l’Agriculture balayent d’un revers de main les recommandations des plus hautes institutions de la République, comme le Conseil d’Etat et la Cour des Comptes. Cette dernière dénonçait dans son rapport 2010 « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ». Il y a en effet trente ans d’insuffisante volonté dont les contribuables paient très lourdement la facture.  La remise en cause des couvertures hivernales, qui permettent de protéger les sols entre deux cultures, aggravera l’état déjà catastrophique d’une ressource en eau largement contaminée par les nitrates, rendant à certains endroits de plus en plus difficile de produire de l’eau potable. Ce n’est pas avec de tels assouplissements que le France échappera aux condamnations pour non respect des objectifs européens », prévient Isabelle Autissier, Présidente du WWF-France.
« L’annonce du président de la République est d’autant plus décevante qu’il avait, dans son discours de clôture du Grenelle, très courageusement reconnu que les agriculteurs étaient « les premières victimes des pesticides » et dénoncé le lobby « des firmes phytosanitaires ». Si l’objectif d’une réduction de 50% des pesticides d’ici 2018 était remis en cause, ce serait proprement irresponsable : il en va de la santé de dizaine de milliers d’agriculteurs. Nous appelons le président de la République à confirmer son engagement sur cet objectif », demande Serge Orru.
« Nous appelons avec force le ministre d’Etat, Jean-Louis Borloo, et la secrétaire d’Etat, Chantal Jouanno, à prendre clairement position. Il en va de leur devoir de défendre les objectifs du Grenelle mais aussi de prévenir toute aggravation de l’état de la ressource en eau en France, l’agriculture industrielle en étant la première cause de dégradation », ajoute Isabelle Autissier.
Cette crispation au plus haut niveau de l’Etat est inquiétante à la veille de la réforme de la PAC. « Dans six semaines le Commissaire européen à l’Agriculture qui considère, lui, que « l’environnement est le meilleur argument en faveur de la PAC » et aime à parler de « compétitivité environnementale » devrait présenter des propositions répondant aux grands défis environnementaux.  Pendant que la France, crispée, se montre incapable « d’entrer dans le monde d’après » pour reprendre le slogan du Grenelle », regrette Isabelle Laudon.

16
juin
2010

Tribune paru dans Le Monde du 15/06/10, par Isabelle Autissier, présidente du WWF France, et Serge Orru, directeur-général du WWF-France

Dans son rapport annuel 2010, la Cour des comptes vient une nouvelle fois d’épingler “l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive”. Cela a valu à l’Etat plusieurs condamnations, aux niveaux national et européen, la dernière concernant l’affaire des algues vertes. Et avant la fin de l’année, la France risque d’être une nouvelle fois condamnée pour son non-respect de la directive nitrates. La situation est telle que le Conseil d’Etat est allé jusqu’à reconnaître, dans un rapport publié début juin (L’eau et son droit), que “la sanction communautaire est le seul levier efficace pour surmonter le poids conjugué des intérêts économiques ou catégoriels et de l’inertie des collectivités publiques face à eux, Etat et collectivités territoriales”.

Le documentaire Du poison dans l’eau du robinet diffusé le 17 mai sur France 3 a jeté un trouble sur l’information relative à la qualité de l’eau potable distribuée en France. Il soulève surtout la question des pollutions en amont : comment croire que l’on va pouvoir traiter indéfiniment, à un coût acceptable pour la société, les eaux brutes qui sont le réceptacle de toutes nos pollutions ?

Qu’en 2008, 75 % des restrictions de consommation d’eau, sur le seul critère des pesticides, aient été concentrées dans la Seine-et-Marne et l’Eure-et-Loir n’est pas une surprise : ces deux départements arrivent en tête au niveau national pour la production intensive de grandes cultures céréalières. En raison de coûts de production particulièrement élevés dus à l’achat important d’intrants (nitrates, pesticides…), ce mode de production ne serait pas tenable s’il n’était largement subventionné par la politique agricole commune (PAC). C’est donc à l’aide de l’argent du contribuable que l’eau de ces départements est contaminée.

IL EST TEMPS DE SORTIR DE LA “COGESTION” ENTRE LE MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET LA FNSEA

Hélas ! Il n’y a rien ici de nouveau : la première interdiction de distribution d’eau potable à cause des nitrates remonte à… 1976. C’était il y a trente-quatre ans… Qu’a-t-on fait depuis ? En 1980, le rapport Hénin désignait l’agriculture intensive comme responsable d’une “pollution diffuse” en participant largement à la dégradation de la ressource en eau. Depuis, les rapports se sont accumulés, toujours plus accablants. En 2001, soit vingt et un ans plus tard, le rapport Villey-Desmeserets concluait que “la contamination des cours d’eaux surveillés est générale”. Pourtant les gouvernements successifs n’ont pas remis en cause le modèle agro-industriel.

Plus précisément, les pouvoirs publics n’ont fait que tenter d’atténuer à la marge les “dommages collatéraux” de l’agriculture industrielle. Ils ont surtout misé sur des traitements curatifs de plus en plus coûteux pour parvenir à transformer une eau de plus en plus polluée en eau potable.

Un exemple : 200 millions d’euros au minimum pour régler le problème de l’eau potable dans le seul département de l’Eure-et-Loir. Pour préserver l’eau face aux pollutions agricoles, ce sont 310 millions d’euros qui ont été alloués, sans résultats probants, pour la seule Bretagne entre 1993 et 2000 et, au niveau national, 493 millions d’euros sont prévus au titre de la lutte contre les pollutions agricoles par les agences de l’eau entre 2007 et 2012… Il faut savoir que ces coûts sont supportés par les ménages, en contradiction avec le principe du pollueur-payeur, ce que la Cour des comptes a dénoncé à plusieurs reprises. Le Conseil d’Etat vient de lui emboîter le pas, de manière très sévère, appelant à une étude sur le coût de la pollution ainsi qu’à une application nettement plus rigoureuse du principe pollueur-payeur à l’agriculture avec notamment l’instauration d’une taxe sur les nitrates.

Ainsi, le contribuable, après avoir subventionné des pratiques polluantes, paie pour la dépollution puis les condamnations ! On marche sur la tête ! Les récents propos de M. Le Métayer affirmant que “la pause environnementale ne coûtera pas d’argent” sont aussi faux qu’irresponsables. Ils auraient en outre pour résultat de maintenir les agriculteurs dans un système dont ils sont autant victimes qu’acteurs, comme maillon d’une chaîne de production qui les dépasse et qui les a conduits dans une impasse économique, sociale et écologique. Ces propos sont d’autant plus irresponsables que les études scientifiques pointant les dangers des produits phytosanitaires pour la santé des agriculteurs s’accumulent.

ÉLABORER UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL AVEC LES AGRICULTEURS

Pourtant l’Etat continue de subventionner majoritairement les pratiques agricoles intensives. Les premières réorientations du Grenelle et du plan Barnier sont à encourager mais restent insuffisantes. Alors que l’alerte est donnée depuis maintenant trente ans, il y a, comme pour l’amiante, une volonté de nier la gravité du problème et de ne pas s’attaquer à sa cause première : l’agriculture industrielle. Pourtant d’autres modèles agricoles existent et ont déjà fait leurs preuves. Ils sont bénéfiques pour l’environnement, l’emploi et le revenu des agriculteurs et sont pratiqués par des dizaines de milliers d’agriculteurs en France.

La responsabilité des gouvernements successifs est lourde. Devant tant d’incohérences, le WWF demande une commission d’enquête parlementaire sur la gestion du service public de l’eau au regard des pollutions agricoles diffuses, un rapport de la Cour des comptes sur la responsabilité des pouvoirs publics et le coût supporté par les Français depuis 1980 du fait de leur carence, un rapport exhaustif sur les aides publiques dommageables à l’environnement ainsi qu’un Grenelle de l’Eau, l’eau ayant été la grande oubliée du Grenelle de l’environnement.

Il est grand temps de dire la vérité aux Français et aux agriculteurs, de sortir de la “cogestion” entre le ministère de l’agriculture et la FNSEA, de cesser de gaspiller les deniers publics et d’élaborer un nouveau contrat social avec les agriculteurs, basé sur la reconnaissance ainsi que la rémunération des services environnementaux qu’ils rendent à la société toute entière.

Le ministre de l’agriculture qui saura initier la remise en cause du modèle agricole industriel s’inscrira comme un grand ministre de l’agriculture, sinon il viendra s’ajouter à une liste déjà longue de responsables d’une situation alarmante. La position de la France pour la prochaine réforme de la PAC, et la place qui sera donnée à la protection et la gestion des ressources naturelles, témoignera de la volonté du gouvernement de mettre fin - ou non - à l’incohérence entre politique de l’eau et politique agricole et à ce qui constitue depuis trente ans un scandale d’Etat.

11
juin
2010

Le groupe « PAC 2013 », qui rassemble des organisations agricoles et rurales, d’environnement, de solidarité internationale et de développement durable, dont le WWF-France, a rencontré cette semaine le Commissaire européen à l’agriculture et au développement rural, Dacian Cioloş. Notre groupe l’a félicité d’avoir lancé un grand débat européen sur l’avenir de la Politique agricole commune (PAC) après 2013 et d’y associer la société civile, dans un dialogue franc et constructif. Compte tenu des impacts négatifs de l’actuelle PAC sur l’environnement, l’emploi et les pays du Sud, il est en effet impératif que la future PAC réponde aux attentes de l’ensemble de la société.

Nous avons attiré l’attention du Commissaire Cioloş sur l’importance de remettre l’emploi et l’environnement au coeur d’une future PAC qui reste commune, tout en insistant sur une meilleure articulation entre les politiques sectorielles de l’UE (environnement, commerce, climat, développement). Il est temps, en effet, de mettre un terme aux incohérences entre des politiques, européennes et nationales, ce qui favoriserait une meilleure utilisation des fonds publics.

Alors que dans de nombreux pays de l’Union européenne, notamment en France, l’environnement est qualifié de « contrainte », nous saluons la volonté du Commissaire de faire de la qualité et de l’environnement des facteurs de compétitivité déterminants pour l’avenir de l’agriculture européenne. Nous soutenons le principe de « compétitivité économique, environnementale et sociale » défendu par le Commissaire européen : les performances des dizaines de milliers d’agriculteurs français pratiquant une agriculture durable ont déjà fait la preuve de sa pertinence*.

Nous nous félicitons également de l’engagement du Commissaire Cioloş de valoriser la diversité des agricultures européennes, et de soutenir les agricultures durables et innovantes. Alors qu’en Europe, le nombre d’actifs agricoles a diminué de 25% en dix ans, cette démarche en faveur d’une agriculture pourvoyeuse d’emplois et respectueuse de l’environnement est seule à même de re-légitimer la prochaine Politique agricole commune.

18
mai
2010

Le documentaire « Du poison dans l’eau du robinet », qui a été diffusé hier soir sur France 3 ne constitue pas une grande surprise pour une association de protection de l’environnement.

Pollution des eaux : le gaspillage des deniers publics

Voilà 30 ans, depuis le rapport Hénin (1980), que l’on sait que l’agriculture industrielle est responsable d’une forte dégradation des eaux brutes si bien, qu’aujourd’hui, leur contamination par les nitrates et les pesticides est généralisée. Comment croire que l’on pourra indéfiniment produire, à un coût acceptable par la société, une eau potable à partir d’une eau brute fortement dégradée ? « Qu’en 2008, 75% des restrictions à la consommation d’eau potable, sur le seul critère des pesticides, se concentrent dans les deux départements qui arrivent en tête pour la production intensive de grande culture céréalière - Eure-et-Loire et Seine-et-Marne - n’a rien de surprenant. En plus, ces céréaliers, les mêmes qui sont venus manifester dans Paris, sont les grands bénéficiaires de la PAC. Sans subvention, leur mode de production serait intenable en raison du coût des intrants (pesticides, nitrates notamment) dont ils ont massivement besoin. On peut dire que c’est à l’aide de l’argent du contribuable que les eaux de ces deux départements sont contaminées puis… décontaminées. L’Etat ne joue pas son rôle de garant des deniers publics ! » explique Isabelle Laudon, Responsable des Politiques européennes au WWF-France.

La politique de l’autruche

Les rapports s’accumulent depuis 30 ans et sont unanimes pour constater la contamination généralisée des eaux, désigner l’agriculture intensive comme principale responsable, appeler à un changement des pratiques agricoles et épingler la carence de l’Etat. Ce qui a valu à celui-ci plusieurs condamnations aux niveaux européen et national, la dernière étant dans l’affaire des algues vertes. Et il n’est pas impossible que la France soit condamnée de nouveau, avant la fin de l’année, pour non respect de la directive Nitrates.

« La responsabilité des gouvernements successifs est lourde, celle du syndicat majoritaire et du secteur de l’agro-chimie aussi. Comme pour l’amiante, il y a une volonté de nier la gravité du problème et de ne pas s’attaquer à sa cause première : l’agriculture industrielle » analyse Jean-Stéphane Devisse, Directeur des Programmes du WWF-France.

La Cour des Comptes vient de nouveau de dénoncer dans son dernier rapport : « l’insuffisante volonté de l’Etat de remettre en cause des pratiques agricoles marquées par l’encouragement au productivisme et le choix d’une agriculture intensive ». A plusieurs reprises, elle a souligné que, en contradiction avec le principe du pollueur-payeur, ce sont les ménages qui paient la facture. Et cette facture est lourde : plus de 200 millions d’euros pour régler le problème de l’eau potable dans le seul département de l’Eure-et-Loir !

Aussi les récents propos de M. Le Métayer selon lesquels « la pause environnementale ne coûte pas d’argent » sont tout aussi mensongers qu’irresponsables.

Bruno Le Maire, à l’heure de la réforme de la PAC, soyez un grand ministre !

Le gouvernement hérite d’une situation vieille de 30 ans. Il lui revient le mérite d’avoir, pour la première fois, fait bouger les lignes avec le plan Barnier Objectif Terres 2020 et le Grenelle. Mais ces mesures ne constituent qu’un rattrapage et sont largement insuffisantes compte tenu de l’étendue et de la gravité du problème.

Pourtant d’autres modèles agricoles existent, ils sont bénéfiques pour l’environnement, le revenu des agriculteurs et l’emploi et sont pratiqués par des dizaines de milliers de paysans en France.

« La position de la France pour la prochaine réforme de la PAC, et la place qui y sera donnée à l’environnement, aura valeur de test. Elle montrera la volonté - ou non - du gouvernement de mettre fin à l’incohérence entre les politiques publiques de l’eau et celle de l’agriculture ainsi qu’à 30 ans de scandale d’Etat » conclut Serge Orru, Directeur-Général du WWF-France.

Retrouvez le dossier d’information du WWF-France : « La gestion de l’eau en France et la politique agricole: un long scandale d’Etat ».

Ce dossier donne des éléments sur la dégradation de la qualité des eaux en France au regard des nitrates et pesticides, avec un focus sur l’Eure-et-Loir et la Seine-et-Marne. Il rappelle les nombreux rapports officiels qui depuis 30 ans ont alerté sur la dégradation de la qualité des eaux due à l’agriculture intensive et souligne la responsabilité des pouvoirs publics. Se fondant sur les rapports de la Cour des Comptes, il rappelle aussi le coût faramineux de cette incohérence entre politique de l’eau et politique agricole, coût supporté par les ménages.